En un instant, nous fûmes au travail, installant la pompe à bras pour inonder le pont. Nous approchions. Les volcans étaient en une éruption furieuse et toutes les lueurs dont ils ruisselaient, les torrents de leurs laves et les prodigieuses colonnes embrasées qu’ils lançaient au ciel rayonnaient du même éclat uniforme, blanc comme la neige.
— En avant, cria Pingouin, du courage !
— On va se réchauffer, ricana le Rempart.
Le navire avançait à toute vitesse. Le capitaine tenait la barre. Cristallin était à sa machine. Les deux nègres manœuvraient la pompe dont je dirigeais les jets et le Rempart nous inondait tous avec un seau.
Alors, dans le tumulte et le vacarme, dans le tourbillon vaporeux de la mer convulsée, sous la pluie de feu et de mort, il fallut se jeter et l’embrasement terrible nous saisit. La chaleur devint effroyable, les mâts étaient en flammes, notre peau cuisait, nous ne respirions qu’une brûlure mortelle. Un des nègres fut tué par un bloc enflammé…
— Plus vite ! commanda Pingouin par-dessus le fracas, plus vite ! nous sommes presque au milieu !
Mais Cristallin se montra sur le pont :
— Il n’y a plus de charbon, dit-il.
— Tonnerre de Dieu ! hurla Pingouin, à la hache ! Qu’on brûle le navire, qu’on brûle les mâts, qu’on brûle les vivres, le pétrole, le goudron ! Il faut passer ou mourir !
Déjà, nous dépecions à grands coups de hache les bois de l’Argonaute ; on abattait ce qui restait des mâts. Dans le foyer grésillaient les jambons, les huiles. La machine ronflait furieusement. On marchait. Le bois s’ajouta. L’Argonaute, en flammes, était rasé comme un ponton mais filait avec une prodigieuse vélocité et nous étions passés. Non sans peine, on éteignit l’incendie du bord et déjà la lumière blanche des volcans devenait lointaine. Cependant, notre vitesse se ralentissait. Alors, reparut le vieux Cristallin.