Nous ramons désespérément pour aller en avant, sans savoir où, sans oser nous arrêter, sans penser et sans espérer… Julius Pingouin, à la faible lueur du fanal, regarde son plan qui ne peut plus rien nous apprendre…


Des temps encore… D’un accord muet, nous avons cessé l’inutile labeur des rames… Parfois, l’un de nous les ressaisit dans un accès de furieuse épouvante ; mais il cesse bientôt et retombe dans le silence et dans l’immobilité.


Une fatigue découragée nous accable. Le froid est le plus impitoyable que j’aie jamais souffert… Nous sentons qu’autour de nous la vie n’est plus. Les ténèbres sont un vêtement de poix qui nous étouffe… La tache blême que fait notre falot nous empêche seule de mourir sans doute ; mais bientôt, nous ne pourrons plus l’alimenter…


Nous sommes engourdis dans un calme de mort. Nous avons mis dans la lampe les dernières gouttes d’huile et, avant peu, elles seront consumées… Julius Pingouin ne parle plus pour nous encourager… Voici que commence à tomber sur nous une neige affreuse qui est noire comme les ténèbres…

Elle tombe sans arrêt, nous ensevelissant avec une lenteur suffocante et glacée… Le silence éternel nous écrase…

Je pense que l’heure finale vient, car la lueur du falot maintenant s’affaiblit peu à peu… Et ces lignes sont les dernières sans doute qu’il me sera permis d’écrire…