Le flambeau s’éteignit. Avec lui trépassa le nègre Frise-Poulet… Alors ce fut pour nous l’attente enivrante de la mort… Mais un bruit naquit au loin qui grandit prodigieusement vite. Déjà sur nous était une montagne noire et liquide qui rugissait avec la voix du tonnerre et qui nous emporta, brisés et inconscients, dans sa course vertigineuse…
Après, ce fut un choc et l’immobilité — et, autour de nous, un jour cuivré tombait des nuages dans une vallée où nous étions par terre. Pingouin m’appelait. Le sol de la vallée était rouge et poli comme du corail, semblables étaient les collines, et semblable le tronc des arbres dont les feuilles étaient en cristal et les larges fleurs en velours noir.
— Par là, dit le capitaine, en indiquant la plus haute des collines qu’un nuage rougeâtre couronnait.
Nous montâmes pendant des heures, avec une fatigue effroyable. Nous tombions, nos pieds saignaient et les feuilles aiguës se brisaient dans notre chair. Nous regardions Pingouin. Tout déchiré et sanglant comme nous, il paraissait transfiguré.
— Encore un effort, cria-t-il. Il nous saisit par le bras. Sa force vint en nous. Le sommet fut atteint et la masse nuageuse franchie.
La falaise était d’une éclatante blancheur. Circulairement, elle allait à droite et à gauche, et nous étions en haut. Il y avait un ciel pâle et lumineux comme le diamant et, là-bas, un astre inconnu d’où ruisselaient des splendeurs. Et une mer immobile baignait le pied de la falaise avec ses flots surnaturels qui étaient en or pur.
Julius Pingouin avait le visage d’un dieu.
— En avant ! cria-t-il. En avant ! Dans le soleil !
Il se jeta du haut en bas et s’engloutit.