Même jour, 6 heures. — Un espoir me redonne quelques forces. Un bruit léger me parvient de l’escalier. Serait-ce une nouvelle tentative faite pour nous délivrer ? Il en est temps. M. le sénateur Truie n’a plus qu’un souffle de vie. M. Églantine, tenu en laisse par l’ourse, vient de passer sous moi en me disant :

— Maître Cormoran, je vous dis adieu… Je sens que je vais mourir.

Les larmes là-dessus me sont jaillies des yeux… Au reste je n’en puis plus.

Le pesant boa dort sur mon dos et digère un lapin que je sens descendre le long de son tube digestif. Quelle vie, Seigneur !


Mercredi 22. — Encore un espoir déçu. Les bruits entendus hier étaient bien les préludes d’une désespérée tentative faite pour nous délivrer. Hélas ! déjouée par le génie de l’Homme sauvage, elle n’a même pu être commencée — avortant misérablement sans nous donner un espoir et nous laissant plus faibles et plus découragés, avec une conscience plus nette et plus forte que jamais, de la puissance immense de notre maître… Je la raconte.

Ce matin, comme le boucher venait de passer de la viande, quelqu’un d’inconnu, au travers du petit guichet en haut, à gauche, qui n’était pas encore refermé, cria vers nous dans un porte-voix :

— Deux pièces de montagne sont en batterie sur le palier. Dans cinq minutes elles tireront[7].

[7] On sait que cette tentative, que maître Cormoran qualifie justement de désespérée, ne fut faite qu’à la dernière extrémité et pour satisfaire l’opinion publique que la restitution, par l’Homme sauvage, du cadavre d’Andréas avait rendue enragée. La maison tout entière avait été préalablement évacuée.