(Les 28 lignes suivantes sont de la main du serrurier Panaris.)
« L’vieux Cormoran — qui m’a saisi dans le temps c’qui fait que j’y en veux, — vient d’me lâcher son carnet sur la cafetière en s’évanouillant. Ça fait que j’colle sur son papier c’qui l’a z’ému, mais j’rigole tellement que j’sais pas si qu’on pourra lire. Y a dix minutes qu’y m’a demandé d’y passer l’papier ous’ qu’est la réponse. Turellement, j’l’avais envoyé coucher, mais j’ai voulu lire et pis alors j’y ai passé pour voir sa poire.
V’là c’qui y a. Je l’copie.
« L’on ne peut accepter d’abandonner M. le sénateur Truie (qué culot ! un vieux sagouin comme ça, sénateur !) ; on offre en place, Me Cormoran, huissier… »
Non c’que j’me tords !… C’est là-dessus qu’y s’est évanouillé… Ça m’dégoûte un brin d’l’avoir avec nous, mais tout de même d’voir sa hure c’est à s’crever !… J’l’oublierai jamais… J’aime mieux ça que vingt-cinq mélécass’s ! Y s’réveille… J’y recolle son papier et je m’assois pasque j’rigole trop…
Et pis j’suis bien content d’dévisser d’ici avec M. l’Homme sauvage, qu’est le plus bath type qu’j’ai jamais vu — et d’pus entendre parler des sales vaches qui nous gouvernent… Vive la sociale !!!…
Panaris, serrurier libertaire qu’a bardé la porte, qu’y faudrait d’z’éléphants. »
(Le carnet reprend de la main de Me Cormoran.)
Dieu ! n’est-ce pas un cauchemar ? Il y a eu des êtres, portant le nom d’humains, qui furent assez cruels pour condamner l’un des leurs à un sort si funeste… Moi, Cormoran, l’on me voue en holocauste ! L’on préfère me rejeter du sein de la civilisation que d’abandonner ce misérable Truie — loque gâteuse et inutile, tandis que moi — dans toute la force de l’âge et du talent… Honte !… Honte !… Il fallait délivrer tout le monde ou nous laisser tous mourir… Nous ne formons qu’un tout homogène — il fallait reconquérir ce tout au prix de n’importe quels sacrifices… N’en sauver qu’une partie c’est ne rien sauver…
Hommes vils qui m’avez vendu, puissiez-vous être vendus à votre tour… Nouveaux Judas, je vous souhaite pour un crime si affreux l’expiation qu’a subie l’ancien. Oui, criminels lâches, bas et hypocrites j’appelle sur vos têtes toutes les infortunes dans cette vie en attendant la justice de Dieu dans l’autre. La justice du Dieu très terrible qui vous criera : « Caïn, qu’as-tu fait de ton frère ? » et vous rejettera loin de sa bouche comme un vomissement.