Il se mit à baragouiner une langue insensée où il entrait des mots de chaque pays. En nous y mettant tous, peu à peu, nous comprîmes. Voici ce qu’il disait :

— Je suis un grand héros. Je cherche la Vérité. Est-ce que vous ne l’auriez pas dans votre cargaison, par hasard ? — Non. Je vois bien que non ! Quel malheur !

Il sanglota :

— Il y a bien longtemps, dès ma jeunesse, je l’ai cherchée partout et sans pouvoir la trouver nulle part…

Pourtant j’ai étudié avec les hommes les plus intelligents, et aussi, avec les plus idiots, avec tous…

J’ai été partout ; depuis le haut jusqu’en bas, à droite et à gauche, en avant et en arrière, criant à tout le monde : Donnez-la-moi ! Et personne ne me l’a donnée. Ils ne l’avaient peut-être pas, ou bien ils la gardaient pour eux.

Quand j’ai été bien convaincu que je ne pourrais pas découvrir la Vérité sur la terre, je me suis résolu à essayer de l’attraper dans la mer. Alors, j’ai appris à vivre dans l’eau salée. Quand j’ai été bien habitué, je suis parti droit devant moi, face au soleil, emmené par la vague. Je nage toujours, je mange du poisson cru, je plonge très bien et mes mains sont devenues palmées.

Il éleva sa main droite.

— Superbe exemple de transformisme, dit le docteur, avec admiration. Cela me rappelle les rats des frigorifiques.

— Oui, dit l’Homme marin ; oui, moi aussi je connais le grand Darwin et ses théories ; je veux bien croire que je suis un singe ; mais je pense plutôt que je suis un poisson, et le doute me tourmente. Voilà de longues années que je n’ai pas coupé mes cheveux, car j’ai perdu mon canif. C’est affreux.