— Eh bien ? dit le docteur.
— Il y a un homme et deux femmes. L’une des femmes s’est enfuie avec l’homme qui était déjà son complice. Ils sont dans les bois. L’homme est bûcheron et pêcheur. Il nous fournit du bois et du poisson en échange d’autres choses.
— Et qu’avait-elle fait cette femme ? interrogea le docteur.
— Oh ! c’était une grande coupable. Elle avait refusé de participer aux bons de jouissance et à leurs conséquences. Elle avait refusé d’entrer avec son numéro dans la maison de reproduction, disant qu’elle aimait ce jeune homme qui est avec elle.
Lui, ne voulait pas être de notre avis… il était insurgé contre la liberté… et voulait faire ce qui lui plaisait. Il était dangereux et intelligent. L’intelligence, c’est la mort de l’Égalité. Il a défendu la jeune femme et nous a menacés de sa hache. Alors, on les a laissés tranquilles, mais ils sont privés de leurs droits de citoyens et ne peuvent plus faire partie du Parlement, ce qui est affreux.
— Je le crois, dit le docteur. Et l’autre femme ?
— Elle avait un enfant et voulait le garder. On le lui a pris, naturellement, car il faut faire du bien aux gens malgré eux. Pour détruire ses mauvais sentiments on l’a condamnée au bout de quelque temps à soigner tous les enfants de la colonie. Nous espérions anéantir par ce moyen son affection égoïste en la dispersant. Par malheur, au bout de trois jours, elle a cru reconnaître son fils et elle s’est sauvée en l’emportant. Après, elle est revenue, disant qu’elle croyait s’être trompée et qu’elle voulait prendre son vrai enfant. Elle était très, très excitée et menaçait de nous tuer tous. On a eu de la peine à la chasser. Le bûcheron l’a recueillie, elle rôdait toujours par ici, criant pour avoir son enfant que personne ne pouvait reconnaître. Elle était devenue folle furieuse et elle est morte.
— Tonnerre de Dieu ! dit Pingouin.
— Parlons des galériens de la chaloupe, dit le docteur.
— L’un est un infâme réactionnaire. Il a demandé une culotte plus large que la sienne, sous prétexte qu’il était très gras. Naturellement, on ne la lui a pas donnée. Tous nos vêtements sont taillés sur un modèle moyen. Il n’y a pas de raison pour que les uns usent plus d’étoffe que les autres, puisque tout le monde en fabrique la même quantité.