— Imbéciles, dit-il, voyez cette inscription. Je l’ai modifiée selon la Vérité. Méditez-la, telle qu’elle est, si vos cervelles d’idiots sont encore capables de méditer quelque chose.
Je pourrais vous faire assommer ou fusiller ; mais vous êtes plus à plaindre qu’à blâmer. Ce qu’il faudrait changer, c’est bien moins les conditions de la vie que vos cœurs envieux, fourbes, vicieux et lâches. Je vous conseille de couper la tête, malgré son repentir, à celui qui vous a insufflé les sornettes sur lesquelles vous avez basé votre règlement de vie. Je vous conseille de vous faire diriger par le bûcheron qui me semble raisonnable. Il faut cesser les obscénités de votre Maison de reproduction et laisser les enfants aux parents, et chacun à la place qui lui convient. Il faudrait surtout vous aimer les uns les autres, mais cela c’est impossible…
Je m’en vais, je vous ai assez vus. J’en ai dit suffisamment pour vous ramener à la vie et à la liberté, si c’est encore faisable. Il vous faudrait quelqu’un pour vous gouverner à coups de botte — Coco par exemple.
— Bon massa, moi pas vouloir ! dit Coco avec terreur.
— Mais il ne veut pas et puis j’aime mieux le garder avec moi, poursuivit Pingouin. Je m’en vais. Je repasserai dans quelques mois. Si cela ne va pas mieux, j’en fusillerai un sur deux.
Nous partîmes en bon ordre, laissant la consternation. Coco était tout gris de frayeur.
Nous retrouvâmes l’Argonaute ; et maintenant, neuf heures du soir, nous voguons librement vers l’Avenir, l’Espérance et la Toison d’Or.
4 décembre. — Temps splendide. Bonne marche.
Rien de neuf. Coco seulement nous a tenus en éveil la moitié de la nuit par les hurlements affreux qu’il a jetés au cours d’un cauchemar.