Mes compagnons, en un instant, furent debout.

Pingouin examina d’un coup d’œil la situation. Elle n’était pas brillante. En arrière, nous avions le lac ; à droite la forêt, presque impénétrable ; à gauche, la colline ; en avant, la liberté, et les douaniers barrant la route.

— C’est grave, dit Pingouin. Tant pis, il faut lâcher les barriques. A la forêt !…

Nous allions nous précipiter. Inutile. Les uniformes verts se montraient aussi à droite, nous enveloppant.

— Nous sommes perdus, dit Pingouin. Ils sont au moins cent cinquante.

— C’est ç’chinois de Bouture, dit le Rempart. Y nous a amenés ici et les aura prévenus avec ses sales étoiles. Si je l’tenais ! Coco nous a plaqués ; j’aurais pas cru ça. Heureusement que j’ai ma bielle !

Et il brandit sa barre de fer dont il ne se sépare jamais.

Cependant, les douaniers avaient fait halte. Nous étions en peloton serré, le fusil à l’épaule. Un parlementaire — un officier — sortit des rangs ennemis. Il agitait un drapeau blanc.

— Il faut voir ce qu’ils veulent, dit Pingouin — mais écoute, le Homard, — il baissa la voix — j’ai le plan cousu dans un étui de cuir et pendu à mon cou, sous ma vareuse. Si je meurs et que tu t’en tires, tu tâcheras de le prendre et d’arriver sans moi.

— Sans vous ! ah bien non, par exemple ! répondis-je, tout bouleversé.