La petite était debout. Silencieusement elle se préparait. Soudain l’homme revint sur elle.
— On part. Alors vaut mieux s’entendre, puisqu’on est ensemble. Avec bibi faut pas blaguer, faut être gentille pour qu’y soye gentil… Si t’es gentille y sera en sucre… un nanan, quoi… un petit homme comme y en a pas deux… as pas peur… Mais si tu bronches, si tu jases, si tu veux filer… couic…!
Il ouvrit et ferma comme des cisailles ses mains monstrueuses. Il ricana et chargea l’orgue sur son dos.
— On va à la ville, déclara-t-il. C’est la fête. Y a des sous à gagner. Y te faudra une robe neuve… J’ veux que tu sois bien frusquée, moi… Tu verras, j’ t’apprendrai ce qu’y faut faire pour ça… Du reste tu t’en doutes, hein ?…
Ils se mirent en marche sur la route boueuse. Mais le soleil se levait, qui les réchauffa, et comme ils atteignaient la ville, l’homme devint jovial.
— Ce qu’y fait un chouette temps, dit-il à la petite. Allons, rigole !… C’est not’ jour de noces, quoi !… Faut être gai !… On va déjeuner… Eh ben, sacré nom, quoi que tu fais ?…
La petite s’était élancée. Deux gendarmes, à la porte de la ville, stationnaient.
— Arrêtez-le, leur dit-elle très vite, et son bras tendu désignait le boiteux. C’est un assassin ! Il a tué un homme cette nuit. Le corps est dans la carrière, près de la maison abandonnée au bord de la route…
Déjà le boiteux, hurlant de rage, se débattait aux mains des gendarmes. Il était si fort que tous trois roulèrent sur le sol. La petite, légère, s’enfuit dans les faubourgs et s’y perdit, libre.