Il la regarda, hésita, mais n’insista pas.
Le lendemain matin, dans l’atelier rangé, Roynel, en vareuse de velours et lavallière flottante, était à son chevalet, donnant de temps à autre, nerveusement, quelques coups de pinceau. Édouard, sur la table à modèle, posait, charmant et grave.
Il y eut un bruit d’auto dans la rue, puis un coup de sonnette. Roynel tressaillit. Il entendit une voix d’homme, puis la voix de sa femme qui répondait :
— Je vais voir si monsieur peut recevoir.
Il la vit paraître. Elle avait un corsage noir, serré au cou, un tablier blanc, des pantoufles ; ses cheveux, tirés en arrière, changeaient l’expression de son visage sans poudre. Il pâlit, rougit et ne répondit rien quand elle lui annonça le visiteur.
Celui-ci, mis en présence de la Fête de nuit, s’enthousiasma. C’était bien cela. C’était aussi réussi que les petits tableaux qu’il avait admirés la veille et c’était juste de la grandeur qu’il souhaitait. Content, il devint bavard, parla de ses idées, de son installation, de ses projets, avec un laisser aller de brave homme. Il n’avait pas encore demandé le prix du tableau. Tout d’abord, à l’aspect du pavillon mesquin, dans une petite rue pauvre, il avait compté payer bon marché. Maintenant, son sentiment se modifiait, Roynel, qu’une gêne amère rendait froid et distrait, l’impressionnait, comme aussi cet atelier bien tenu, ce bel enfant si sage et la bonne bien stylée qui lui avait ouvert. Il fit le tour de l’atelier, revint devant la toile qu’il convoitait et, reculant pour la voir mieux, s’empêtra dans un escabeau et appuya son bras sur la palette de Roynel qui avait fait un pas pour le retenir.
— Mon Dieu, monsieur, je suis désolé, dit le peintre, voilà que vous vous êtes taché.
— C’est de ma faute, ne vous excusez pas… Ce n’est rien… Peut-être qu’avec un peu d’essence… Si votre bonne…
— En effet, murmura Roynel.
Il alla ouvrir la porte et, d’une voix un peu étranglée, dit à sa femme, qui attendait dans la salle à manger :