Ce Sivel, immense gaillard à barbe rousse et qui étudiait le droit, ne put être rejoint qu’au café où il déjeunait. Il accueillit Cruchette avec une politesse fleurie, l’obligea à déjeuner aussi, le fit trop boire, l’ahurit de sa verve intarissable et, vers deux heures seulement, consentit à lui révéler que Caro n’avait été dans sa vie qu’une passagère fugitive. Elle faisait maintenant les délices d’un Roumain qui habitait rue Dauphine et n’était jamais là le tantôt, en sorte que c’était le meilleur moment pour aller voir la chère enfant.
Un quart d’heure après, Cruchette, résigné, était rue Dauphine et frappait à une porte. Elle s’ouvrit. Il vit une petite femme assez jolie, en peignoir mal clos et les cheveux défaits.
— Mademoiselle Caro ?
— C’est moi, dit la petite femme.
Il eut un soupir de soulagement et fut étonné, car il ne se l’imaginait pas ainsi. Elle ne l’intimidait pas du tout, et il expliqua l’affaire en essayant d’être clair, ferme et poli.
— C’est donc pas du toc, cette bague ? dit-elle en ouvrant des yeux surpris. Du reste, toc ou pas, on me l’a donnée, je la garde.
Cruchette insista avec chaleur. Elle le regardait favorablement et, soudain, l’interrompit :
— On t’a jamais dit que tu étais gentil ?
Il devint rouge et resta interloqué. Elle le poussa vers un divan.
— Assois-toi donc… Y a pas de danger qu’y rentre, l’autre… Et puis je m’en fiche bien… J’en ai déjà assez… Je suis tout cœur, moi… Ça m’a fait rater des choses magnifiques… On ne se refait pas, hein ?… T’en as des beaux cheveux… Mon rêve, ça serait de vivre bien tranquille avec un ami qui ait l’air doux et comme y faut… La bague, si tu y tiens, je la rends… mais ça sera pour te faire plaisir… Je suis gentille, pas ?…