Elle resta silencieuse un moment et reprit :
— Est-ce vrai qu’il y a des ducs et des princes parmi vous, et que vous avez une langue que personne d’autre ne peut comprendre, et des coutumes mystérieuses ? La vieille, qui est dans la roulotte avec vous, est-ce une de vos reines ? Sait-elle lire dans la main, tirer le tarot, dire les mots qui ensorcellent ?… J’ai lu des livres là-dessus ! Moi, j’y crois ! Est-ce vrai que vous faites le sabbat chaque année ?
Elle s’arrêta, attendent la réponse. Le garçon semblait embarrassé.
— La vieille qui est avec moi, c’est la grand’mère, dit-il avec un air d’enfant. Elle fait le ménage et la cuisine. Moi, je tresse des paniers. En voulez-vous ? Ils ne sont pas chers.
Elle l’interrompit avec impatience.
— Pourquoi mentir ? Je sais, je vous dis ! Vous faites tous semblant de faire des paniers, ou quelque chose comme cela pour que les gendarmes vous laissent tranquilles… Mais, je sais… je sais… vous avez des aventures extraordinaires… vous enlevez des enfants… vous…
— Mais pas du tout ! C’est des histoires ! On est des honnêtes gens !…
— Taisez-vous ! Je sais ! Ce doit être extraordinaire !…
Elle s’était animée, les joues pâles rosissaient. Il la regardait de bas en haut et soudain lui dit avec simplicité :
— Ce que vous êtes jolie !…