Un éclat de rire moqueur. La figure avait disparu.
— A demain ! cria encore la voix argentine.
Il se rassit pour tresser son osier, mais il restait étonné de l’aventure, et lorsque la vieille bohémienne revint il la lui raconta. La vieille y prit un grand intérêt. Elle se fit redire tous les détails et réfléchit en préparant le fricot. Quand ils eurent mangé, pendant que le garçon fumait une cigarette, elle lui donna à voix basse des instructions minutieuses qu’elle répéta deux fois pour qu’il comprît bien.
Le lendemain, dès quatre heures, la vieille fila vers le village et le jeune homme s’installa au pied de l’arbre avec son osier, en se répétant, comme une leçon, ce qu’il devait dire. Comme la veille, il portait sa chemise rouge et son vieux pantalon. Il aurait voulu faire toilette et revêtir un complet marron qu’il mettait dans les grandes occasions, mais la vieille, avisée, l’en avait empêché.
— Bonjour !
La mince figure, sous les lourds cheveux fauves, en haut du mur, était apparue. Il se dressa, un peu troublé, et sa rougeur allait bien à son teint brun. Elle recommença ses questions et, ce jour-là, il avoua sans trop de réticences tout ce qu’elle voulut. Il reconnut qu’il descendait des ducs d’Égypte et qu’un jour viendrait où il serait lui-même roi des tribus errantes ; il se lança dans des récits emphatiques et s’embrouilla dans sa noblesse déchue et ses projets grandioses, mais elle écoutait la voix chantante et rauque et le trouvait si beau qu’elle n’y prit pas garde.
Dix après-midi, sauf un jour de pluie diluvienne, elle reparut ainsi en haut du mur, sur le fond sombre des arbres touffus. Il restait en bas. Il avait osé, une fois, parler d’escalader pour se rapprocher, mais elle s’était rejetée en arrière avec un tel courroux dans les yeux qu’il avait cru ne plus la revoir. Pourtant, elle revint et l’intimité entre eux grandissait. Il lui racontait maintenant sa vie quotidienne et les longs voyages sans hâte le long des calmes routes. Il lui répétait aussi qu’il la trouvait jolie, et elle ne s’en fâchait plus.
De tout cela, la vieille bohémienne s’enquérait avec soin. Elle réfléchissait et donnait des conseils selon le plan qu’elle mûrissait. Un soir, elle estima que le moment était venu. Le garçon était assis à côté d’elle sur l’herbe et tressait un panier à la lueur de la pleine lune qui passait à travers les branches. La vieille, à voix basse, lui dit ce qu’il devait faire le lendemain. Il fut si étonné qu’il lâcha son osier.
— J’oserai jamais, murmura-t-il.
La vieille haussa les épaules.