— Oh ! il est pas mécontent… Du reste, y s’y entend… On croirait pas, à le voir, gros et endormi comme y paraît, qu’il est si madré… Mais celui qui le roulera… Quéque tu veux, c’t’homme, tu l’connais bien, y a que ça qui l’amuse. Il a toujours été comme ça… vendre, acheter, gagner… L’ reste, y s’en fiche…
— Heureusement, hein ? railla Julie.
— Heureusement… p’te bien… P’te bien aussi que s’il avait pas été comme ça, s’il m’avait pas toujours laissée toute seule pour aller à ses marchés, j’aurais pas, moi, été comme j’ai été… Du reste, faut croire que ça lui était égal, puisqu’y s’est jamais occupé de ce que je faisais. Et puis, c’est pas à toi, qu’es ma sœur, qu’on a jamais rien eu ensemble, à me reprocher de m’être un peu amusée, puisque ça ne faisait de mal à personne.
— Bien sûr… Et puis j’ te reprochais rien, et tu sais bien que tu me trouveras toujours si t’as besoin de moi…
— C’est pas probable que j’aie besoin de toi. C’est fini, tout ça, ça ne me dit plus… Maintenant je pense plus aux bêtises. J’aime bien manger, bien boire, bien dormir… (Elle s’étira.) Alors je me range. Je soigne Bertin. Je vis tranquille… Le reste… fuu !… Mais quoi donc que t’avais à me dire ?
Julie se rapprocha.
— La servante, où qu’elle est ?
— Elle est au verger avec le commis. J’suis toute seule avec les enfants, qui jouent là derrière. Tiens, écoute-les ! C’ qu’y sont tourmentants !
Des cris s’élevaient. Les deux femmes gagnèrent le jardin.
— Victor ! cria Francine, veux-tu finir ! Veux-tu que je te gifle !