— Au revoir, monsieur ! je ne vous reconduis pas. J’ai les jambes malades.
— Au revoir, monsieur, répondit tranquillement Jacques Férial, qui l’avait écouté sans mot dire. Je ne vous importunerai pas davantage. Permettez-moi seulement d’emporter cette esquisse, qui m’intéresse beaucoup.
Il alla décrocher du mur un petit panneau pourrissant où subsistaient à peine quelques vagues taches de couleur, le mit sous son bras, posa cinq billets de banque sur la table et sortit.
Il atteignait l’allée fangeuse quand, derrière lui, la porte jaune se rouvrit violemment. Martelan, chancelant sur ses jambes malades, apparut, s’accrochant au chambranle.
— Férial ! cria-t-il de sa voix creuse, plus haletante que jamais. Férial, écoute : C’est pas vrai tout ce que je t’ai dit ! Je ne le pense pas, tu le sais bien ! C’est moi qui suis un vieux raté !
LA SUCCESSION
Louis Marville achevait de donner des ordres à ses chefs de service, quand il y eut un coup de téléphone. C’était son valet de chambre :
« La garde vient de me prévenir que le père de monsieur demande monsieur. »
Marville eut un mouvement de surprise, car le vieillard, très malade et dont la vie déclinait lentement, depuis plusieurs semaines ne parlait plus et ne semblait plus avoir conscience du monde extérieur. En hâte il quitta ses fabriques toutes bourdonnantes d’activité prospère, et son auto l’emporta vers chez lui, à Neuilly.
Le soir tombait lorsque la voiture s’arrêta au perron de l’hôtel. Louis Marville savait que sa femme était sortie pour l’après-midi et que ses deux fils étaient au lycée. Il monta rapidement au premier étage où l’appartement de son père occupait l’aile droite de la maison.