Dans un fauteuil vert, au coin d’une cheminée où des bûches flambaient, un vieillard était assis, les jambes enveloppées dans une couverture. Il leva les yeux. Son regard, vide et mort le matin encore, était maintenant lucide.

— Père, vous allez mieux ?

Louis Marville s’était avancé. Lui et le vieillard se ressemblaient. Ils avaient pareillement la bouche mince et circonspecte, le nez pointu et des yeux d’un gris métallique.

— Je ne sais pas si je vais mieux. Je peux parler. Alors je t’ai fait appeler…

Avec effort, le vieillard tourna un peu la tête vers le fond de la pièce. Une garde, qui s’y trouvait assise, aussi muette et immobile qu’un meuble, se leva et sortit. On entendit son pas s’éloigner.

— Vois si personne ne peut entendre. Ferme les portes. Reviens vite…

« Écoute, reprit-il, quand son fils eut obéi, il faut que je me dépêche. J’ai à te parler… Je sens que mes forces ne sont pas revenues pour bien longtemps… Il faut que j’en profite, parce qu’après… après… Enfin pour le moment je peux parler… mais d’abord, dis-moi comment vont les affaires ? Cette année, les résultats ?… »

Louis Marville donna des détails et dit des chiffres. Le vieillard l’écoutait ardemment. Ce qui avait été la passion de sa vie le passionnait encore.

— C’est magnifique, murmura-t-il. Mais c’est lourd, hein, de tout diriger, maintenant que tu es seul ? Enfin, je te connais, tu t’y donnes tout entier, tu es comme moi, pour toi il n’y a que cela qui compte… Et tu es capable, énergique… Tu es bien mon fils… A présent, écoute… approche plus près…

Il ferma les yeux, parut lutter un moment contre lui-même, et de sa voix cassée, plus basse :