Les buveurs avaient tourné la tête, et observaient attentivement le nouveau venu qui souriait d’un air entendu.
— Oh ! pour savoir… Est-ce que sa famille habite toujours le pays ?
— C’est pas possible que ça soye lui qui serait revenu ? murmura tout à coup un des buveurs.
Le père Mathieu frémit de joie.
« Ça mord ! » pensa-t-il.
— Pourquoi donc que vous vous intéressez tant que ça à Jules Durieu ? demanda le cabaretier. C’est-il que vous le connaissez ?
— Oui, peut-être bien… Et je crois que vous le verrez bientôt…
— Tais-toi donc, vieux gueux, on te reconnaît bien ! interrompit violemment un vieux paysan à tête de chouette. Alors t’as pas honte de revenir après tout ce que t’as fait ? On t’espérait mort, mais les canailles ça a la vie dure, faut croire !
— Hein ? Quelle canaille ? balbutia le père Mathieu ahuri.
— Toi, pardi ! Et t’as de la veine que le père Fargue soit pas ici ! Ce que tu lui as fait, il y a vingt-cinq ans, il l’a pas oublié, et ça se comprend ! Comment, toi, à trente-cinq ans, et un homme marié encore, tu as été enjôler sa fille, une fille de quinze ans et t’as filé avec elle on ne sait où, qu’on ne l’a jamais plus revue ! Et que tu as tout filouté à ta pauv’ femme avant de partir et qu’elle est restée sur la paille, et qu’elle est morte, bien par ta faute !