[ Lou Pouèmo dóu Rose ][Taulo]
Le Poème du Rhône[ (en provençal)]
CHANT PREMIER[ (en provençal)]
PATRON APIAN
I
Dès la prime aube, vont partir de Lyon
les voiturins qui règnent sur le Rhône.
C'est une race d'hommes robustement musclée,
gaillarde et brave, les Condrillots. Toujours
debout sur les radeaux et les sapines,
le hâle du soleil et le reflet de l'eau
leur dorent le visage comme un bronze.
Mais en ce temps, vous dis-je, plus encore
on y voyait des colosses à barbe épaisse,
grands, corpulents, membrus, tels que des chênes,
remuant une poutre comme on fait d'un fétu,
de la poupe à la proue criant, jurant sans cesse
et largement, pour se donner courage,
au pot énorme humant le rouge piot,
tirant à beaux lopins la chair de la marmite.
C'était le long du fleuve une haute clameur
que du nord au midi on entendait sans trêve:
«Proue en aval, ho! royaume! empire[1]!
Amont la proue! sus! fais tirer la maille[2]!»
II