La jouvencelle me tendit sa main glacée; et, comme il se faisait
tard, elles partirent pour leur Mas.
Huit jours après, vers le coucher du soleil, voici encore à notre
seuil Louise, cette fois accompagnée seulement d’une amie.
-- Bonsoir, fit-elle. Nous venions vous acheter quelques livres de
ces poires beurrées que vous nous fites goûter, l’autre jour, à votre
jardin.
-- Asseyez-vous, mesdemoiselles, ma mère leur dit.
-- Oh! non! répondit Louise, nous sommes pressées, car il va être
bientôt nuit.
Et je les accompagnai, moi tout seul cette fois, pour aller cueillir
les poires.
L’amie de Louise, qui était de Saint-Remy (on l’appelait Courrade),
était une belle fille à chevelure brune, abondante, annelée sous un
ruban arlésien, que la pauvre demoiselle, si gentille qu’elle fût,
eut l’imprudence d’amener avec elle pour compagne.
Au jardin, arrivés à l’arbre, pendant que j’abaissais une branche un
peu haute, Courrade, rengorgeant son corsage bombé et levant ses bras
nus, ses bras ronds, hors de ses manches, se mit à cueillir. Mais
Louise, toute pâle, lui dit :
-- Courrade, cueille, toi, et choisis les plus mûres.
Et, comme si elle voulait me dire quelque chose, s’écartant avec moi,
qui étais déjà troublé (sans trop savoir par laquelle), nous allâmes
pas à pas dans un kiosque de cyprès, où était un banc de pierre. Là,
moi dans l’embarras, elle me buvant des yeux, nous nous assîmes l’un
près de l’autre.