Et cet autre Nîmois, Jules Canonge, qui disait: "Mes amis, si vous
aviez un jour à défendre notre cause, n’oubliez pas qu’en Arles se
fit votre assemblée première et que vous fûtes étoilés dans la cité
noble et fière qui a pour armes et pour devise: l’épée et l’ire du
lion."
Je ne me souviens pas de ce que je dis ou chantai là, mais je sais
seulement qu’en voyant le jour renaître, j’étais dans le ravissement;
et, Roumanille l’a dit dans son discours de Montmajour, en 1889. Il
paraît que, songeur, plongé dans ma pensée, dans mes yeux de jeune
homme "resplendissaient déjà les sept rayons de l’Étoile".
Le Congrès d’Arles avait trop bien réussi pour ne pas se renouveler.
L’année suivante, 21 août 1853, sous l’impulsion de Gaut, le jovial
poète d’Aix, à Aix se tint une assemblée (le Festival des Trouvères)
deux fois nombreuse comme l’assemblée d’Arles. C’est là que Brizeux,
le grand barde breton, nous adressa le salut et les souhaits où il
disait:
Le rameau d’olivier couronnera vos têtes,
Moi je n’ai que la lande en fleurs:
L’un symbole riant de la paix et des fêtes
L’autre symbole des douleurs.Unissons-les, amis; les fils qui vont nous suivre
De ces fleurs n’ornent plus leurs fronts:
Aucun ne redira le son qui nous enivre,
Quand nous, fidèles, nous mourrons...Mais peut-elle mourir la brise fraîche et douce?
L’aquilon l’emporte en son vol,
Et puis elle revient légère sur la mousse
Meurt-il le chant du rossignol?Non, tu ranimeras l’idiome sonore,
Belle Provence, à son déclin;
Sur ma tombe longtemps doit soupirer encore
La voix errante de Merlin.
Outre ceux que j'ai cités comme figurant au Congrès d’Arles, voici
les noms nouveaux qui émergèrent au Congrès d’Aix : Léon Alègre,
l’abbé Aubert, Autheman, Bellot, Brunet, Chalvet, l’abbé Emery,
Laidet, Mathieu Lacroix, l’abbé Lambert, Lejourdan, Peyrottes,
Ricard-Bérard, Tavan, Vidal etc., avec trois trouveresses, Mlles
Reine Garde, Léonide Constans et Hortense Rolland.
Une séance littéraire, devant tout le beau monde d’Aix, se tint,
après midi, dans la grande salle de la mairie, courtoisement ornée
des couleurs de Provence et des blasons de toutes les cités
provençales. Et sur une bannière en velours cramoisi étaient inscrits
les noms des principaux poètes provençaux des derniers siècles. Le
maire d’Aix, maire et député, était alors M. Rigaud, le même qui plus
tard donna une traduction de Mirèio en vers français.
Après l’ouverture faite par un choeur de chanteurs,
Trouvères de Provence,
Pour nous tous quel beau jour!
Voici la Renaissance
Du parler du Midi,
dont Jean-Baptiste Gaut avait fait les paroles, le président d’Astros
discourut gentiment en langue provençale; puis, tour à tour, chacun y
alla de son morceau. Roumanille, très applaudi, récita un de ses
contes et chanta la Jeune Aveugle; Aubanel dévida sa pièce des
Jumeaux, et moi la Fin du Moissonneur. Mais le plus grand succès
fut pour la chansonnette du paysan Tavan, les Frisons de Mariette,
et pour le maçon Lacroix, qui fit tous frissonner avec sa Pauvre
Martine.
Emile Zola, alors écolier au collège d’Aix, assistait à cette séance
et, quarante ans après, voici ce qu’il disait dans le discours qu’il
prononça à la félibrée de Sceaux (1892) :