-- Chante-nous, lui crièrent-ils, la dernière chanson que vont
entendre les voûtes de ce palais maudit!
Et la petite de Monteux, avec le bonnet rouge coiffant ses cheveux
blonds, leur chanta... la Canaille.
Un formidable cri: "Vive la République!" suivit le dernier refrain.
Seulement, une voix perdue dans la foule répondit:
-- Vivo sant Gent!
La Montelaise n’y vit plus, deux larmes brillèrent dans ses yeux
bleus, et elle devint pâle comme une morte.
-- Ouvrez, donnez-lui de l’air! cria-t-on en voyant que le coeur lui
manquait...
Ah! non, pauvre Rose! ce n’était pas l’air qui lui manquait: c’était
Monteux, c’était saint Gent dans la montagne, et l’innocente joie des
fêtes de Provence.
La foule, cependant, avec ses drapeaux rouges, s’écoulait en hurlant
par les portails ouverts.
Sur Paris, de plus en plus, tonnait la canonnade: des bruits sombres,
sinistres couraient dans les rues, de longues fusillades
s’entendaient au lointain, l’odeur du pétrole vous coupait l’haleine,
et quelques heures après, le feu des Tuileries montait jusqu’aux
nues.
Pauvre petite Montelaise: nul n’en a plus ouï parler.