-- Mes enfants, nous dit-il, allons! moi je m'en vais... et à Dieu je
rends grâce pour tout ce que je lui dois: ma longue vie et mon
bonheur, qui a été béni.
Ensuite, il m'appela et me dit:
-- Frédéric, quel temps fait-il?
-- Il pleut, mon père, répondis-je.
-- Eh bien! dit-il, s'il pleut, il fait beau temps pour les
semailles.
Et il rendit son âme à Dieu. Ah! quel moment! On releva sur sa tête
le drap. Près du lit, ce grand lit où, dans l'alcôve blanche, j'étais
né en pleine lumière, on alluma un cierge pâle. On ferma à demi les
volets de la chambre. On manda aux laboureurs de dételer tout de
suite. La servante, à la cuisine, renversa sur la gueule les
chaudrons de l'étagère. Autour des cendres du foyer, qu'on éteignit,
toute la maisonnée, silencieusement, nous nous assîmes en cercle. Ma
mère au coin de la grande cheminée, et, selon la coutume des veuves
de Provence, elle avait, en signe de deuil, mis sur la tête un fichu
blanc; et toute la journée, les voisins, les voisines, les parents,
les amis vinrent nous apporter le salut de condoléance en disant,
l'un après l'autre:
-- Que Notre Seigneur vous conserve!
Et, longuement, pieusement eurent lieu les complaintes en l'honneur
du "pauvre maître".
Le lendemain, tout Maillane assistait aux funérailles. En priant Dieu
pour lui, les pauvres ajoutaient:
-- Autant de pains il nous donna, autant d'anges puissent-ils
l'accompagner au ciel!