-- Ho! tiens, que veux-tu faire? Je suis là, à dire vrai, sans
dormir ni veiller... Je rêvasse, je dis des patenôtres. Mais, puis en
priant Dieu, on finit par s'assoupir... Oh! la mauvaise chose, quand
on ne peut plus travailler! Le temps vous dure comme aux chiens.

-- Vous attraperez un rhume, à ce grand soleil-là, avec la
réverbération.

-- Allons donc, moi un rhume! Ne vois-tu pas que je suis sèche,
hélas! comme amadou. Si l'on me faisait bouillir, je ne fournirais
pas, peut-être, une maille d'huile.

-- A votre place, moi, je m'en irais un peu voir les commères de
votre âge, tout doucement. Cela vous ferait passer le temps.

-- Allons donc, bonne gens! Les commères de mon âge? bientôt il n'en
restera plus... Qui y a-t-il encore, voyons? La pauvre Geneviève
sourde comme une charrue; la vieille Patantane, qui radote; Catherine
du Four, qui ne fait jamais que geindre... J'ai bien assez de mes
peines à moi: autant vaut demeurer seule.

-- Que n'allez-vous au lavoir? Vous bavarderiez un moment avec les
lavandières.

-- Allons donc, les lavandières! des péronnelles, qui, tout le jour,
frappent à tort et à travers sur les uns et sur les autres. Elles ne
disent rien que des choses ennuyeuses. Elles se moquent de tout le
monde; puis, elles rient comme des niaises. Quelque jour, le bon Dieu
les punira par un exemple... Oh! non, non, ce n'est pas comme de
notre temps.

-- Et de quoi parliez-vous, dans votre temps?

-- dans notre temps? L'on disait des histoires, des contes, des
sornettes, que l'on se délectait d'entendre: la Bête des Sept Têtes,
Jean Cherche-la-Peur, le Grand Corps sans Ame...

Rien qu'une de ces histoires durait, parfois, trois ou quatre
veillées.