Il allait, par exemple, à Graveson, à Tarascon, à Barbentane ou à
Saint-Pierre, trouver un fermier qui avait des fils.
-- Je vous apprends, lui disait-il, que j’ai ouvert un pensionnat à
Saint-Michel-de-Frigolet. Vous avez là, à votre portée, une
excellente institution pour enseigner vos enfants et leur faire
passer leurs classes.
-- Ho! monsieur, répondait le père de famille, cela est bon pour les
gens riches; nous ne sommes pas faits, nous autres, pour donner tant
de lecture à nos gars... Ils en sauront toujours assez pour labourer
la terre.
-- Voyez, faisait M. Donnat, rien n’est plus beau que l’instruction.
N’ayez souci pour le paiement. Vous me donnerez, par an, tant de
charges de blé, tant de barraux de vin ou tant de cannes
d’huile... ; puis, après, nous réglerons tout.
Et le bon ménager envoyait ses petits à Saint-Michel-de-Frigolet.
Ensuite, M. Donnat allait trouver, je suppose, un boutiquier, et il
lui tenait ce propos:
-- Le joli gars que vous avez là! Et comme il a l’air éveillé! Vous
ne voudriez pas, peut-être, en faire un pileur de poivre?
-- Ah! monsieur, si nous pouvions, nous lui donnerions tout de même
un peu d’éducation; mais les collèges sont coûteux, et, quand on
n’est pas riche...
-- Est-ce besoin de collèges? faisait M. Donnat. Amenez-le à ma
pension, là-haut, à Saint-Michel : nous lui apprendrons le latin et
nous en ferons un homme... Puis, pour le paiement, nous prendrons
taille à la boutique... Vous aurez en moi un chaland de plus, un
bon chaland, je vous assure.
Et, du coup, le boutiquier lui confiait son fils.