[Note 346: Lettre IV au P. des Bosses, datée du 1er septembre 1706, p. 438b, ad 21: «Bruta puto perfecta esse automata».—N. Essais, p. 205a: «Je vois maintenant… comment les animaux sont des automates suivant Descartes et comment ils ont pourtant des âmes et du sentiment suivant l'opinion du genre humain.»—Correspondance de Leibniz et d'Arnauld, p. 578: «Comme la notion individuelle de chaque personne enferme une fois pour toutes ce qui lui arrivera à jamais, on y voit les preuves a priori ou raisons de la vérité de chaque événement, ou pourquoi l'un est arrivé plutôt que l'autre.»—Théod., p. 620a, 403.]

19. [347]Si nous voulons appeler Ame tout ce qui a perceptions et appétits dans le sens général que je viens d'expliquer, toutes les substances simples ou Monades créées pourraient être appelées Ames; mais, comme le sentiment est quelque chose de plus qu'une simple perception, je consens, que le nom général de Monades et d'Entéléchies suffise aux substances simples, qui n'auront que cela; et qu'on appelle Ames seulement celles dont la perception est plus distincte et accompagnée de mémoire[348].

[Note 347: Leibniz, après avoir déterminé la nature des monades, passe à l'examen de leurs degrés de perfection.]

[Note 348: Dans la variété infinie des monades, se distinguent trois degrés notables de perfection, qui ne sont autre chose que trois degrés notables de la connaissance. Il y a d'abord des monades qui n'ont que la perception pure et simple, c'est-à-dire un mode de pensée tellement «bandé» à son objet qu'il ne se replie jamais sur lui-même, et tellement infime qu'il n'en reste aucune trace perceptible. Et ce sont ces monades que l'on ne peut appeler âmes que lato sensu, auxquelles il convient de laisser le nom d'enléléchies.]

20. Car nous expérimentons en nous-mêmes un état, où nous ne nous souvenons de rien et n'avons aucune perception distinguée, comme lorsque nous tombons en défaillance ou quand nous sommes accablés d'un profond sommeil sans aucun songe. Dans cet état l'âme ne diffère point sensiblement d'une simple Monade[349], mais, comme cet état n'est point durable, et qu'elle s'en tire, elle est quelque chose de plus[350].

[Note 349: L'état de ces monades inférieures est semblable à celui où nous tombons accidentellement, lorsque «nous dormons sans songe» ou que nous sommes évanouis (Comment. de anima brutorum p. 464b, X; N. Essais, p. 224a, 11; Principes de la nature et de la grâce, p. 715a). C'est une sorte de «stupeur»: «aggregatum confusum multarum perceptionum parvarum nihil eminentis habentium, quod attentionem excitet, stuporem inducit» (Comment. de anima brutorum, p. 464b, X).]

[Note 350: Théod., § 64, p.497a.]

21. Et il ne s'ensuit point, qu'alors la substance simple soit sans aucune perception. Cela ne se peut pas même par les raisons susdites; car elle ne saurait périr, elle ne saurait aussi subsister sans quelque affection, qui n'est autre chose, que sa perception: mais quand il y a une grande multitude de petites perceptions, où il n'y a rien de distingué, on est étourdi; comme quand on tourne continuellement d'un même sens plusieurs fois de suite, où il vient un vertige qui peut nous faire évanouir et qui ne nous laisse rien distinguer. Et la mort peut donner cet état pour un tems aux animaux.

22. Et comme tout présent état d'une substance simple est naturellement une suite de son état précédent[351], tellement, que le présent y est gros d'avenir.

[Note 351: Théod., § 360, p. 608b: «C'est une des règles de mon système de l'harmonie générale, que le présent est gros de l'avenir, et que celui qui voit tout, voit dans ce qui est ce qui sera.»]