[Note 340: Tous les griefs que Leibniz élève, dans cette proposition, contre le cartésianisme, sont formulés et à peu près dans les mêmes termes, au numéro 4 des Principes de la nature et de la grâce, p. 715a.]
[Note 341: La monade «porte avec elle non seulement une simple faculté active, mais aussi ce qu'on peut appeler force, effort, conatus, dont l'action même doit suivre, si rien ne l'empêche» (Théod., p. 526b, 87); elle enveloppe «une tendance». De plus, cette tendance enveloppe à son tour la perception; elle est donc une véritable appétition; et c'est là le ressort interne, tant cherché, qui meut tout. Il a fallu, pour le trouver, que Leibniz passât d'abord du mécanisme au dynamisme, puis du dynamisme lui-même au psychologisme. C'est la philosophie des fins, et non celle des causes, qui fournit la solution du problème.]
[Note 341: V. sup., p. 30-31, la loi de développement des monades.]
16. Nous expérimentons en nous-mêmes une multitude dans la substance simple, lorsque nous trouvons que la moindre pensée dont nous nous appercevons, enveloppe une variété dans l'objet. Ainsi tous ceux, qui reconnaissent que l'âme est une substance simple, doivent reconnaître cette multitude dans la Monade; et Monsieur Bayle ne devait point y trouver de la difficulté, comme il a fait dans son Dictionnaire, article Rorarius[342].
[Note 342: Leibniz répond ici à l'objection de Bayle, insérée dans l'article Rorarius, et d'après laquelle il ne peut y avoir de cause de changement dans la monade. Voici les paroles de Bayle: «Comme il (Leibniz) suppose avec beaucoup de raison que toutes les âmes sont simples et indivisibles, on ne saurait comprendre qu'elles puissent être comparées à une pendule; c'est-à-dire que, par leur constitution originale, elles puissent diversifier leurs opérations, en se servant de l'activité spontanée qu'elles recevraient de leur Créateur. On conçoit fort bien qu'un être simple agira toujours uniformément, si aucune cause étrangère ne le détourne. S'il était composé de plusieurs pièces comme une machine, il agirait diversement, parce que l'activité particulière de chaque pièce pourrait changer à tout moment le cours de celle des autres; mais dans une substance unique, où trouverez-vous la cause du changement d'opération?»]
17. On est obligé d'ailleurs de confesser, que la Perception et ce, qui en dépend, est inexplicable par des raisons mécaniques, c'est-à-dire par les figures et par les mouvements[343]. Et feignant, qu'il y ait une machine, dont la structure fasse penser, sentir, avoir perception; on pourra la concevoir aggrandie en conservant les mêmes proportions, en sorte qu'on y puisse entrer comme dans un moulin. Et cela posé on ne trouvera en la visitant au dedans que des pièces qui poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception. Ainsi c'est dans la substance simple et non dans le composé, ou dans la machine, qu'il la faut chercher. Aussi n'y a-t-il que cela qu'on puisse trouver dans la substance simple, c'est-à-dire les perceptions et leurs changemens. C'est en cela seul aussi que peuvent consister toutes les Actions internes des substances simples[344].
[Note 343: Il y a là un confirmatur de la simplicité de la monade. Aux raisons métaphysiques qui la prouvent s'ajoute une raison d'ordre psychologique. Si la monade est perception, il faut bien qu'elle soit indivisible, comme notre âme elle-même.]
[Note 344: Préf. *** 2, b, p. 474a.]
18. On pourrait donner le nom d'Entéléchies à toutes les substances simples ou Monades créées[345], car elles ont en elles une certaine perfection (έχουσι τό έντελές), il y a une suffisance (αύτάρκειν) qui les rend sources de leurs actions internes et pour ainsi dire des Automates incorporels[346].
[Note 345: Théod., § 87, p. 526b;—Syst. nouv. de la nature, p. 125a, 3;—Epist. ad Wagnerum, p. 466a, II;—Comment. de anima brutorum, p. 463, V;—Principes de la nature et de la grâce, p. 714a.]