Des paysans qui ramassaient du bois et faisaient la récolte du fourrage hors des murs de Omm Shanger, avaient été surpris par les Arabes et emmenés en esclavage.
Comme la garnison ne comptait que 60 hommes et que la ville passait pour la plus commerçante de la région, entre Fascher et El Obeïd, je craignais que les Arabes n’eussent l’intention de s’emparer de Omm Shanger même, dont ils connaissaient bien la richesse. Je donnai l’ordre aussitôt au major Husein Mahir et à Omer woled Dorho, qui étaient stationnés à Fascher, de prendre l’un 200 hommes d’infanterie, et l’autre 300 hommes de cavalerie irrégulière pour fortifier la ville et marcher contre les rebelles en prenant, si cela était possible l’offensive, en se faisant aider par les marchands qui pourraient fournir plus de 200 fusils.
Il avait été décidé que le major Husein Mahir, déjà âgé et peu apte à supporter les fatigues d’une campagne, passerait en cas d’expédition, le commandement à Omer woled Dorho et resterait lui-même pour défendre la forteresse de Omm Shanger.
Je donnai à Omer woled Dorho les instructions nécessaires à l’action qu’il devait entreprendre et insistai tout particulièrement sur ce point que j’attachais beaucoup moins d’importance au butin qu’il pourrait enlever et qui serait le partage de lui et de ses hommes qu’à la délivrance définitive de Omm Shanger et de ses environs, qu’il devait à tout prix purger des Arabes qui les infestaient. En lui promettant d’abandonner le butin à lui et à ses hommes, je voulais exciter sa cupidité et le rendre autant que possible hostile aux partisans du Mahdi, afin de rendre impossible ou du moins très difficile toute entente ultérieure entre eux.
Les communications postales étant interrompues, je ne pouvais envoyer des lettres à El Obeïd ou à Khartoum qu’en les cachant dans des bois de lances creusés ou en les cousant dans des vêtements ou des chaussures. L’envoi des munitions demandées par Abd er Rauf lorsque j’étais à Khartoum avait été retardé, grâce à la négligence habituelle des fonctionnaires.
Le convoi était arrivé seulement à El Obeïd et ne pouvait aller plus loin à travers un pays aussi troublé. Avec ce convoi se trouvait Mohammed Pacha woled Imam, le marchand le plus riche du Darfour, qui était à El Obeïd. Exilé en même temps que son frère, par Gordon Pacha, il se rallia plus tard au Mahdi.—Des 400 hommes des régiments de cavalerie irrégulière de Mohammed Agha Abou Bala que j’avais demandés et qui comprenaient en grande partie des Turcs et des Egyptiens, une centaine seulement était arrivée. Les autres étaient restés seuls à El Obeïd et je me trouvais ainsi réduit aux forces que j’avais levées dans le Darfour.
Dès le début de la campagne, j’avais établi une discipline des plus sévères; aussi le plus grand nombre des officiers ne m’aimait-il guère; ils se souciaient fort peu d’exercer leurs soldats, et cherchaient à se faire envoyer à la perception des impôts, afin de pouvoir s’y enrichir. Dans les villes où ils tenaient garnison, ils ne s’occupaient que de se construire des maisons ou de se créer des jardins, ne regardant les hommes placés sous leurs ordres que comme de simples domestiques. Naturellement, je ne pouvais permettre qu’on traitât ainsi les soldats.
De dépit, une plainte avait été envoyée au Caire, signée par la plupart des officiers, dans laquelle on me reprochait entre autres griefs d’avoir transféré sans nécessité le magasin aux poudres, de maltraiter les officiers, de soumettre à l’impôt, contre tout droit, leurs maisons et leurs jardins et d’avoir nommé inspecteur de la police (mamour es zaptieh, un des postes les plus lucratifs) non pas suivant l’usage, l’un d’entre eux, mais un officier de la cavalerie turque.
Le Gouvernement du Caire répondit que j’étais gouverneur responsable du Darfour, et libre par conséquent de diriger les affaires de ma province comme je l’entendais; mais les mécontents, bien que satisfaits en apparence, n’en cherchaient pas moins à connaître mes intentions et mes desseins.
Informé par le major Husein Mahir et Omer woled Dorho qui se trouvaient à Omm Shanger que la jonction des rebelles s’effectuait dans le voisinage de la ville, je donnai l’ordre de prendre à tout prix l’offensive.