Je fis sonner le rassemblement; les Arabes qui se trouvaient au dehors et à qui j’avais appris à reconnaître cette sonnerie, rentrèrent au camp et nous attendîmes l’attaque.
Mais le gros des forces de Madibbo n’était pas encore arrivé, sans doute; ses hommes masqués par un groupe d’arbres au nord du camp ouvrirent le feu sur nous; un de mes hommes et un cheval tombèrent blessés; je fis sortir 50 hommes du camp au pas de course afin de se porter sur le flanc du petit bois.
L’ennemi abandonna bientôt son abri en y laissant trois morts.
Le soleil s’était couché, et la nuit s’étendait autour de nous quand je fis appeler Arifi woled Ahmed, Chamis et leurs compagnons pour m’entretenir avec eux de la situation. «Nous ne pouvons maintenant nous retirer pendant la nuit, dis-je, car dans l’obscurité, les chameaux qui portent les munitions, épouvantés par les coups de feu s’enfuiraient au hasard et se trouveraient perdus pour nous. Il nous faut donc attendre le jour qui nous amènera probablement une nouvelle attaque. L’ennemi nous est de beaucoup supérieur en nombre et nous devons nous contenter de nous défendre; nous ne pourrons guère prendre l’offensive et nous ouvrir un chemin jusqu’à Dara que quand les circonstances seront tout à fait favorables. Nous n’avons donc pas pour le moment besoin de cavalerie; par conséquent, sheikh Arifi, je désire que tu nous quittes avec tes hommes.
«La nuit est sombre, la route vous est connue. Habiles cavaliers comme vous l’êtes, vous pourrez sans danger atteindre votre pays où vous me serez plus utiles qu’ici, enfermés dans un camp.»
Les sheikhs arabes avaient écouté en silence. Puis le sheikh Arifi répondit:
«Ma vie est entre les mains de Dieu et l’homme n’échappe pas à sa destinée. Si Dieu a fixé ma mort à demain, elle peut aussi bien me prendre loin d’ici, sur le chemin de mon pays, car Allah est le Tout-Puissant. Je considérerais comme une infamie de t’abandonner maintenant. Plutôt la mort qu’une vie ignominieuse, c’est mon avis. J’ai dit.»
A peine avait-il terminé que tous les Arabes Habania déclarèrent à haute voix qu’ils l’approuvaient, et ils n’en voulurent pas démordre malgré mes objections. Nous attendîmes donc le jour.
Je fis donner plus de profondeur aux petits fossés qui entouraient le camp à l’intérieur et les hommes, conscients de la gravité de la situation, travaillèrent pendant toute la nuit.
Au lever du soleil, une sentinelle avancée découvrit dans le lointain un Arabe à cheval, qui agitait au bout de sa lance un chiffon de coton blanc afin d’attirer sur lui l’attention de mes gens.