Environ 15 jours après l’envoi de mes ordres à Fascher, je reçus la nouvelle que 100 hommes d’infanterie étaient en route; ils arrivèrent le lendemain. Leur capitaine, Saïd el Fouli, un brave Soudanais, m’apportait des lettres de Saïd bey Djouma. Celui-ci m’annonçait qu’il était impossible pour le moment de trouver dans le voisinage de Fascher les chameaux nécessaires pour le transport des munitions, c’est pourquoi il ne m’envoyait provisoirement que 100 hommes d’infanterie comme renfort. Les 100 autres partiraient, aussitôt qu’il aurait réuni les chameaux, et serviraient d’escorte à la colonne de munitions.
Il était à prévoir que dans ces conditions les munitions se feraient attendre encore longtemps. Mais je ne voulais pas rester davantage inactif à Dara. Je quittai donc cette ville et me rendis à Hachaba, que j’avais désigné comme lieu de rendez-vous aux tribus qui devaient m’accompagner dans l’expédition.
CHAPITRE VI.
Siège et chute d’El Obeïd.
Marche du Mahdi contre El Obeïd.—Premier assaut de la ville.—Chute de Delen; les missionnaires sont réduits en captivité.—Siège et chute de Bara.—Famine à El Obeïd.—Reddition de Saïd Pacha.—Son entrevue avec le Mahdi.—Un miracle du Mahdi.
Enhardi par les victoires de ses partisans sur les troupes gouvernementales et cédant à l’invitation des notables de la ville, Elias Pacha à leur tête, le Mahdi quitta Gebel Masa (autrefois Gedir) et marcha sur El Obeïd. Des milliers de fanatiques, de marchands d’esclaves et d’esclaves errants et sans moyens d’existence se joignirent à lui.
Arrivé à Kaba le 3 septembre 1882, il envoya aussitôt les nombreux cavaliers arabes de son armée à El Obeïd pour contraindre les indigènes habitant en dehors de la ville à faire cause commune avec lui ou tout au moins à reconnaître son autorité. En même temps, il délégua à Mohammed Pacha Saïd, Gouverneur du Kordofan, deux hommes pour le sommer de se rendre. Connaissance fut donnée aux officiers rassemblés, du message du Mahdi. La lecture finie, Mohammed bey Iscander, appuyé par la plupart des officiers, proposa qu’on pendit haut et court les porteurs d’une missive aussi arrogante. Mohammed Saïd s’y opposa tout d’abord; il finit cependant par se rallier à la majorité et fit exécuter les deux Mahdistes le 5 septembre.