Les Européens et les Egyptiens établis dans les grandes villes comprirent alors la gravité de la situation; quelques-uns retournèrent dans leur pays, d’autres expédièrent vers le nord tout leur avoir et se tinrent prêts à partir. Tous savaient qu’il était impossible de rester plus longtemps au Soudan. Le Mahdi, sûr maintenant de son succès allait étendre sa puissance vers l’orient et vers l’occident.


CHAPITRE IX.

La chute du Darfour.

Le camp de Madibbo est surpris.—Défaite de Dorho.—Koukou Agha.—Façon singulière de cacher les lettres.—Armistice.—Lettre de Zogal.—Réflexions.—Je me décide à me rendre.—Entrevue avec Zogal, à Sheria.—Entrée des Mahdistes à Dara.—Madibbo et ses tambours de guerre.—Siège et prise de Fascher.—Lettres d’Egypte.—Sort cruel réservé au major Hamada.—Prise du Bahr-el-Ghazal.—Je me rends à El Obeïd.

Je me guéris à peu près complètement du «ver de Guinée» et me sentis assez de forces pour supporter les prochaines exigences du service. Ma petite troupe de fidèles avait diminué considérablement et nous n’avions plus que très peu de balles pour les Remington. Saïd bey Djouma prétendait toujours ne pas pouvoir laisser partir le convoi. D’après les dernières nouvelles de Fascher, les tribus des Saiadia et des Mahria avaient aussi commencé les hostilités en enlevant aux habitants de la capitale leurs troupeaux qu’ils refusaient de rendre.

Toute mon espérance était placée en l’armée du général Hicks, armée dont je ne connaissais pas alors la faiblesse, l’expédition malheureuse, le fâcheux esprit de corps.

Depuis plus d’un an, j’étais sans aucune nouvelle directe de Khartoum; dans les derniers temps, je me vis forcé, pour relever le courage des soldats, de feindre d’avoir reçu des ordres et des nouvelles victorieuses de la capitale, d’en donner connaissance et même de faire tirer le canon en signe de réjouissance.