Les biens de Zogal et de Khalid furent confisqués au profit de la caisse du Gouvernement, ceux de leurs gens furent mis sous séquestre. J’engageai à mon service les Basingers de Zogal, dont le chef Matter était mort à Dar Beni Halba.

Au nombre des gens de Zogal que nous retinmes prisonniers se trouvait son gendre qui n’appartenait pas à la même tribu. C’est pourquoi je voulus lui permettre de regagner ses pénates; mais il me déclara qu’il préférait rester avec ses parents. Devant la geôle il me fit demander la permission de s’entretenir seul avec moi. J’y acquiesçai. Il m’expliqua que, d’après les us et coutumes du pays, on aurait pris fort mal le fait de ne pas suivre ses parents, en prison; par suite des égards que j’avais témoignés en sa faveur, il désirait me donner une preuve de sa fidélité, en me nommant trois officiers qui avaient juré à Zogal bey, avant son départ, de se joindre à lui, si le Mahdi était réellement l’homme envoyé par le Prophète, le Mahdi el Monteser!

Je le remerciai; sa communication était de toute importance; je ne doutai pas un instant de sa véracité et le laissai conduire en prison, puisque tel était son désir.

Les difficultés s’accroissaient de jour en jour dans le pays. L’infidélité de Zogal me préoccupait, en somme, moins que le fait qui en découlait, savoir qu’on mettait absolument en doute la victoire de l’armée de Khartoum.

Zogal était avant tout un homme très rusé. Si les nouvelles parvenues de Khartoum à El Obeïd étaient de nature à inquiéter le Mahdi, Zogal, probablement comme nous en étions convenus, aurait attendu; ces nouvelles ne paraissant pas émouvoir le Mahdi, Zogal se serait décidé à se rallier aux rebelles et à rompre avec moi? Ou bien encore se serait-il laissé séduire par son cousin, entortiller par les discours de celui-ci, pour avoir confié à la chance l’action inconséquente qu’il venait de tenter contre moi?

Je n’osais presque pas espérer en cette dernière alternative.

Madibbo avait rassemblé la plus grande partie de ses cavaliers et des Basingers composant ses troupes guerrières. Il avait pénétré dans le Sud, ravageant tout le pays depuis Dara jusqu’aux environs de Kerchou. Sans aucun souci, il croyait absolument ne courir aucun danger et se moquait de la peur des Beni Halba. Il avait établi son camp à un jour de marche de Dara. Connaissant sa situation, je résolus de quitter la ville, à la tombée de la nuit. Accompagné de 150 soldats réguliers et de cinquante chevaux, nous surprîmes, au lever du soleil, après une marche forcée, le rebelle qui ne s’y attendait guère. Lui-même parvint à fuir sur un cheval qu’il n’avait même pas pris le temps de seller.

Nous nous emparâmes du butin et..... de ses fameux tambours de guerre (nahas)! Quelques-uns de ses Basingers, cachés derrière des arbres, protégèrent la fuite de leur maître; grâce à eux, j’eus malheureusement à déplorer la perte de Mohammed bey Khalil; dans la vaillance qu’il déploya lors de la poursuite de l’ennemi, il fut atteint d’une balle, en pleine poitrine.

La victoire que nous venions de remporter contribua à remonter le moral de mes soldats, mais ce fut un succès de courte durée.