Quelques jours après mon retour à Dara, j’appris que les Mima avaient tué jusqu’au dernier, les soldats des postes militaires établis chez eux, postes que Saïd bey Djouma, sans mon consentement, avait réduits à 30 hommes. Saïd me fit savoir qu’il avait envoyé aussitôt 350 hommes d’infanterie régulière, 400 cavaliers et un canon à Dar Mima, sous le commandement de Omer woled Dorho, afin de châtier les rebelles et de reconquérir le pays.
Le messager qui n’avait pu arriver jusqu’à moi que par des chemins ignorés ou détournés porta à ma connaissance, en même temps, que l’ennemi s’était rassemblé et s’attendait à être attaqué par nos soldats.
Quelques jours s’écoulèrent; puis, Moslim woled Kabachi, le fidèle sheikh des Sheria, vint lui-même à Dara m’apporter la fatale nouvelle de la défaite complète de Omer woled Dorho.
Ce dernier avait fait charger toute sa cavalerie contre les Mima qui avaient pris position à Woda et auxquels s’étaient joints, outre les Khauabir, les Birket et les Manasera.
Elle fut repoussée; dans sa fuite désordonnée, elle arriva à proximité de l’infanterie en même temps que l’ennemi qui la poursuivait; les fantassins ne voulurent pas tirer, de crainte de tuer les cavaliers; il s’ensuivit une mêlée générale. De minute en minute s’accroissait le nombre des porteurs de lances. . . . . . Les hommes de Omer succombèrent à la force. Douze fusiliers et cent quatre vingts cavaliers purent seuls se sauver. Le canon, les armes, les munitions furent perdus. Les voies de communication entre Fascher et Dara étant cernées, ce ne fut qu’en allouant de fortes indemnités que je trouvai des gens disposés à porter à travers le territoire ennemi mes instructions à Saïd bey Djouma. Je lui ordonnai de nouveau d’améliorer sans retard les moyens de défense, si ce n’était pas encore fait, d’amasser la plus grande quantité de blé possible, et, dans le cas où il le pourrait, d’envoyer à Fascher la garnison d’Omm Shanger, ainsi que je l’avais ordonné précédemment.
Plus d’un mois auparavant mes officiers et moi, nous avions examiné le plan d’abandonner Dara et de réunir sa garnison à celle de Fascher. Je m’étais alors heurté à une résistance directe.
Les uns étaient pour, les autres contre cette idée. Comme nous avions mis toutes nos espérances en l’expédition de Hicks, j’avais finalement abandonné le projet; car Hicks étant vainqueur, le Darfour et moi-même étions sauvés; s’il était vaincu, nos forces réduites, quoique concentrées à Fascher, ne pourraient rien entreprendre contre tout le Soudan.
L’état de mes munitions laissait à désirer; et comment en aurait-il pu être autrement après tant de combats? Il me fallut songer à y remédier. Nous avions assez de poudre et de douilles; mais le plomb nous faisait défaut. Les munitions des fusils à percussion étant encore en abondance et nous servant très peu, on les fondit pour en faire des balles de Remington, tandis que pour les autres armes on en fit avec le cuivre emmagasiné en grande quantité. Quand toute la provision fut épuisée, je fis même acheter les bracelets en cuivre dont se parent les nègres.
Moslim woled Kabachi nous annonça, un jour, que Abo bey campait à Sheria avec une troupe de Mima et de Khauabir.
La fièvre ne m’aurait pas permis de me tenir à cheval. Ne pouvant donc pas tenter moi-même une expédition, je résolus, de concert avec mes officiers d’envoyer Koukou Agha, un vaillant officier soudanais, avec quatre vingts hommes, pour surprendre Abo bey qui se trouvait à environ huit lieues de là.