«Portez-vous bien, mon cher Slatin, me cria-t-il encore de loin, que Dieu vous protège! Je suis convaincu qu’en toute circonstance vous ferez tout ce qu’il vous sera possible de faire. Bientôt peut-être je partirai pour l’Angleterre et j’espère vous revoir à mon retour».

Ce furent les dernières paroles que j’entendis de sa bouche. Qui pouvait prévoir alors le sort affreux qui l’attendait.

Plein d’émotion, je le remerciai de sa sympathie et de l’appui qu’il m’avait en tout temps accordé et je restai sur le rivage pendant près d’une heure attendant que le sifflet strident du vapeur eut annoncé qu’il avait levé l’ancre.

Gordon était parti.—Je ne devais plus le revoir vivant!

Le lendemain, dès le matin, je partis monté sur le cheval dont Gordon m’avait fait présent; c’était un magnifique étalon alezan de la race de Hamour qui me rendit les plus fidèles services pendant quatre années, jusqu’au moment de la reddition du Darfour.

Traversant Abou Garad, Halba Abou Shok et Khursi, je galopais jusqu’à El Obeïd où je rencontrai le Docteur Zurbuchen, inspecteur sanitaire du Soudan qui s’en allait en inspection dans le Darfour et voulut faire la route avec moi. Nous nous étions déjà connus au Caire et je fus vraiment heureux de l’avoir pour compagnon jusqu’à Dara. Aly bey Cherif, l’ancien gouverneur du Kordofan, nous procura des chameaux qui, moyennant finances, devaient transporter nos bagages jusqu’au Darfour.

Le jour du départ Aly bey Cherif me communiqua une dépêche qu’il venait de recevoir de Foga, station extrême des télégraphes du Soudan sur la frontière orientale du Darfour, dépêche qui annonçait que Soliman woled Zobeïr avait succombé à Djerra le 15 Juillet 1879. Ainsi se trouvaient réalisées les prévisions de Gordon.

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Il ne serait peut-être pas inutile de retracer ici à grands traits les causes, les péripéties et les conséquences de cette campagne bien qu’elles soient, sans aucun doute, déjà connues en grande partie.