Après la conquête du Darfour, en 1874, la partie méridionale du pays, c’est-à-dire les régions de Dara et Shakka, avait été assignée par le gouverneur général Ismaïl Pacha comme domaine de Zobeïr auquel avait été conféré le titre de Pacha. Zobeïr qui toujours était en hostilité avec Ismaïl Pacha auquel il avait souvent reproché les impôts qui pesaient sur le pays, sollicita du Khédive l’autorisation d’aller au Caire l’assurer personnellement de sa fidélité et de son attachement, et, dès que cette autorisation lui eut été accordée, il partit.

Peu de temps après, le gouverneur général Ismaïl Pacha Ayoub, quitta également à son tour le Darfour et Hassan Pacha el Djoeser restait dans la province en qualité de Moudir Oumoum (gouverneur en chef).

Avant son départ, Zobeïr Pacha avait désigné comme son représentant auprès de ses partisans son fils, Soliman woled Zobeïr encore très jeune et qui reçut l’ordre de se rendre à Shakka.

Gordon Pacha, nommé gouverneur général du Soudan, en remplacement d’Ismaïl Ajoub, entreprit une tournée d’inspection et poussa jusqu’au Darfour. Ce pays, poussé par le prétendant au trône, le sultan Haroun sef el Din, commençait à se soulever contre le régime un peu sévère du gouvernement égyptien. Gordon voulait se montrer dans la contrée et, par sa présence et son habile intervention éprouvée tant de fois, calmer les esprits surexcités.

Arrivé à Faga le 7 Juin 1877, il avait envoyé à Soliman woled Zobeïr l’ordre de venir conférer avec lui à Dara. Gordon avait appris que Soliman se plaignait de la situation qui lui était faite et de l’opposition que l’on mettait au retour de son père, retenu au Caire par le gouvernement égyptien. Zobeïr Pacha, disait-on, avait écrit du Caire à son fils et à ses partisans des lettres leur recommandant de secouer à toute occasion le joug de la domination égyptienne, et comme Soliman disposait d’une force militaire considérable, on se voyait contraint de compter avec lui.

Le gouverneur général se rendit par la route d’Ouman Shanger à Fasher où il donna les ordres et les instructions nécessaires pour la mise en état de défense de la capitale, et, après une halte de quelques jours à Fasher, il partit pour Dara.

Dans l’intervalle Soliman woled Zobeïr était arrivé de Shakka à Dara, avec 4000 Basingers commandés par les parents et les partisans de son père; il avait pris position dans la plaine, au sud-ouest des remparts.

On était loin d’être d’accord dans le camp de Soliman.

Les troupes prétendaient que le Darfour avait été conquis réellement par elles et occupé, seulement après cette conquête, par les Egyptiens. Par suite elles trouvaient injuste l’obligation qui leur était imposée d’abandonner le Darfour et de retourner à Shakka, abandonnant ainsi aux employés turcs et égyptiens cette riche contrée conquise grâce à leur énergie.

De plus, Soliman et les alliés de son père se montraient irrités de la séquestration tout à fait injuste à leur avis de Zobeïr Pacha au Caire, et désiraient obtenir son retour par n’importe quel moyen.