«Au nom du Dieu de bonté et de miséricorde! De la part de l’esclave de son Dieu, Abd el Kadir Saladin (Slatin) à Sejjid Mohammed le Mahdi; Dieu le protège et confonde ses ennemis! Amen.

«Depuis longtemps je défends les biens à moi confiés par mon Gouvernement; mais contre la volonté de Dieu il n’y a pas à lutter. Je déclare par la présente me soumettre à lui et à toi, mais seulement à la condition que tu m’envoies un de tes parents, investi par toi d’une autorité suffisante, pour recevoir de moi le pays et le gouverner en paix. J’exige de toi la promesse de protéger dans leur liberté et leur vie tous les hommes, femmes et enfants qui se trouvent dans la place forte. Pour tout le reste, je m’en remets à ta générosité.»

Cette rédaction trouvée bonne, la lettre fut cachetée en leur présence et remise à Ahmed el Kritli.

Je m’exprimai d’autre part en ces termes à la garnison d’Omm Shanger:

«Au commandant de la garnison d’Omm Shanger!

«Contraint par les circonstances, j’ai écrit au Mahdi et lui ai offert la soumission du Darfour sous certaines conditions. Abo bey, qui vous fait parvenir cette lettre, s’est engagé à décider l’ennemi assiégeant Omm Shanger à la retraite et vous recevrez pour instructions de cesser les hostilités. Mais je vous interdis, en ma qualité de supérieur, de remettre à l’ennemi la ville, les armes on le matériel de guerre sans que je sois moi-même présent.»

Abo bey souleva quelques objections contre cette lettre et voulut supprimer complètement la dernière phrase. Mais, quand je lui eus exposé que la chose principale était que je me soumisse au Mahdi et qu’Omm Shanger cessât les hostilités, il se déclara satisfait.

Dans le cours de la journée, je donnai à Ahmed el Kritli des instructions précises pour qu’il expliquât au Mahdi particulièrement et qu’il fit connaître également à Zogal bey que la reddition du Darfour se heurterait à des difficultés avant la bataille décisive avec le corps expéditionnaire; c’est pourquoi le résultat de cette rencontre imminente devait être attendu.

Abo bey et Mohammed Abou Salama me demandèrent encore de mettre en liberté les parents de Zogal, ce que je refusai, jusqu’à l’arrivée de l’envoyé du Mahdi. Nos pourparlers étant clos à la satisfaction des deux parties, nous nous séparâmes.