«Tu peux avoir raison, Madibbo. Eh bien! toi, maintenant, accepte cela en témoignage de mon amitié!»
Je lui montrai les gros tambours de guerre que mon domestique, sur un signe, apporta près de moi. C’étaient les mêmes que je lui avais pris lors de la chute de Kerchou. Je dépendis encore une épée de la muraille et la posai sur les tambours.
«Aujourd’hui, ajoutai-je, ces choses m’appartiennent encore. Je puis te les donner. Demain, un autre peut-être pourrait en disposer.»
«Merci, dit le sheikh; c’est avec joie que j’accepte ton présent; il n’y a que peu de temps que j’ai perdu mes «nahas» (tambours); un proverbe arabe dit: «er rigal sherada ou radda» (chez les hommes, [il y a] la fuite et la défense). J’ai beaucoup combattu en ma vie, souvent j’ai dû prendre la fuite, mais souvent aussi j’ai été victorieux.»
Madibbo fit emporter les tambours et l’épée; puis, nous nous séparâmes.
Cette conversation ne me laissa pas insensible et ces pensées revenaient continuellement à mon esprit: être soumis, être patient! qui vit longtemps, voit beaucoup!
Mohammed Khalid me fit appeler; il avait écrit, me dit-il, après mon arrivée à Sheria et dans cet endroit même, à Saïd bey Djouma, le sommant de se rendre. Il lui avait envoyé pour le remplacer un certain Fakîh Abd er Rahman.
Il désirait que je lui fisse part de la reddition de Dara en le sommant de se rendre lui aussi.
Je lui expliquai que je n’avais plus aucun secrétaire à mon service et qu’un tel écrit, après la reddition de Dara, ne pouvait revêtir qu’un caractère absolument privé; je le priais en conséquence d’agir à son gré, ne refusant pas toutefois d’apposer ma signature.