Mais dès le lendemain, le bruit se répandit que la garnison regrettait d’avoir promis de se rendre; le soir même Fakîh Abd er Rahman envoya la nouvelle qu’on l’avait sommé de quitter Fascher, qu’il avait obtempéré à cet ordre et que la garnison se préparait à la défense.

Mohammed Khalid et la députation de Fascher s’enquirent auprès du porteur de cette nouvelle, de la cause qui avait pu décider Djouma à changer aussi subitement de résolution. Il leur fut répondu que ce revirement était dû surtout à l’influence d’une partie des officiers qui avaient appris les mauvais traitements subis par leurs camarades de Dara et qui, craignant semblable sort, avaient décidé de défendre la ville jusqu’au bout.

Khalid alors fit savoir à toutes les troupes disponibles qu’elles eussent à se tenir prêtes, en vue d’une expédition. Toute la garnison de Dara, excepté les officiers qu’on gardait à vue devait y prendre part.

Il attendit deux jours encore. Lorsque la nouvelle lui fut confirmée par des soldats d’Omer woled Dorho et quelques serviteurs d’Ali bey Khabir arrivant de Fascher, il se mit en marche le 3 janvier 1884.

Je dus aussi l’accompagner.

Les habitants du pays se joignirent en masse à l’expédition.

Khalid, ses Emirs et les soldats précédemment à Dara, placés sous le commandement de Mohammed Agha Soliman, atteignirent le 7 janvier Woad Berag, distant de trois kilomètres de Fascher et il établit son camp en cet endroit.

Le lendemain il me fit signer une lettre qu’il avait écrite en mon nom, rappelant à Djouma et à ses officiers leur promesse et les sommant de capituler. Ma lettre, ou plutôt la sienne, resta sans réponse; on comprit que, soumis à Khalid, je devais faire ce que bon lui semblait. Un messager toutefois vint annoncer, qu’après les cruautés commises à l’égard de leurs camarades, à Dara, tous étaient décidés à se défendre et qu’il en adviendrait ce qu’il pourrait.

Les habitants de Fascher eurent connaissance de cette décision. Tous quittèrent la ville; ceux qui étaient valides se joignirent à Mohammed Khalid, et cet exemple fut suivi aussi par les soldats de Dorho habitant hors des fortifications.