Je courus chez Khalid, lui décrivis la situation de Hamada et le priai de vouloir bien confier à mes soins le major.

«Il est infidèle, répliqua-t-il; il tient cachée sa fortune; il m’a offensé publiquement; il doit expier ses fautes et mourir comme un misérable.»

Je le suppliai alors, au nom et en souvenir de notre ancienne amitié, de me remettre le malheureux.

«Bien, dit-il enfin d’un ton moqueur; mais à la seule condition que tu te prosternes devant moi, pour lui.»

Il n’y a pas au Soudan chose plus humiliante qu’une prosternation. Le sang me monta à la tête. Je crois que je ne l’aurais pas fait, même pour sauver ma propre vie; eh! bien, ce n’était pas trop pour sauver le malheureux dont l’image effrayante, terrible, était présente à mes yeux! Je me prosternai devant Mohammed Khalid et posai mes mains sur ses pieds nus; mais lui rapidement les retira et me releva; il paraissait avoir honte du sacrifice qu’il venait d’exiger de moi.

«Hamada est libre, me dit-il; je le remets entre tes mains. Mais, donne-moi ta parole: que si tu apprends en quel endroit sont enfouies ses richesses, tu m’avertiras sans retard.»

Je le lui promis. Il appela un de ses parents, afin qu’il m’accompagnât et qu’on me remit le malheureux. Mes domestiques transportèrent Hamada, sur un angareb, dans ma maison. Je lavai ses blessures et fis étendre dessus du beurre frais; cela le soulagerait au moins; car, il ne fallait pas espérer le sauver.

Il but un peu de bouillon; à voix basse, il prononçait parfois quelques mots, appelant la malédiction du ciel sur ses bourreaux. Le quatrième jour de son séjour dans ma demeure, il désira rester seul avec moi.

«Ami, murmura-t-il, je sens que mon heure dernière est venue. Que Dieu te récompense de ce que tu as fait pour moi. Je ne puis plus rien faire maintenant; pourtant je te donnerai un gage de ma gratitude; j’ai enfoui mon or....»