Après un tel échec Idris Dabter comprenant que ses partisans auraient grand peine à remporter quelque succès par les armes, s’enfuit jusqu’à Khartoum où il apporta la nouvelle de l’insurrection de Soliman qui s’était déclaré indépendant dans le Bahr el Ghazal.

Cependant Soliman adressait aux principaux commerçants résidant dans le Bahr el Ghazal, tels que: Gessaoui Abou Amouri de Dembo, Arbab Zobeïr woled El Fahl de Golo, etc., ainsi qu’aux marchands d’esclaves une circulaire les informant qu’il avait pris l’offensive contre le gouvernement égyptien et les invitant à se joindre à lui pour la défense commune. On peut voir dans ce fait une preuve que Soliman savait fort bien que le gouvernement n’abandonnerait pas ainsi sans protestation des provinces qui lui étaient particulièrement précieuses.

Les Danagla qui n’avaient aucune grâce à attendre des Djaliin se préparèrent à la défense. Gessaoui Abou Amouri et Arbab Zobeïr el Fahl, un Djaliin de sang noble, restèrent neutres, désirant comme d’autres marchands de moindre importance, éviter toute difficulté avec le gouvernement.

Dans l’intervalle, Romolo Gessi[2], l’officier bien connu, avait été nommé à Khartoum commandant de l’expédition contre Soliman Zobeïr. Accompagné de Youssouf el Shellali et d’une quarantaine de soldats et d’officiers subalternes, il s’embarqua sur un bateau à vapeur pour rejoindre son poste; à Fashoda il fut renforcé de deux compagnies et il reçut à Lado et à Makraka un renfort de troupes régulières et irrégulières. A Gaba Shambé, il trouva des fusils Remington et des Basinger de sorte que là déjà il disposait d’une force de près de 2500 fusils.

En Juillet 1878, Gessi qui n’avait rien pu entreprendre contre Soliman pendant la saison des pluies, se rendit à Rumbeck et envoya à Gessaoui et à Arbab Zobeïr El Fahl l’ordre écrit de venir le rejoindre. Ceux-ci obéirent aussitôt et lui envoyèrent un renfort de 2500 hommes environ. Gessi recevait en outre des petits marchands et des Basinger dispersés d’Idris Dabter, des renforts continuels si bien qu’au commencement de Décembre, la saison des pluies étant passée et le sol étant redevenu praticable, il put se mettre en marche sur Ganda, avec une armée de plus de 7000 hommes. Il possédait en outre deux canons et plusieurs obusiers. A la même époque, Moustapha Bey Abou Shera était, sur l’ordre de Gordon, parti pour Shakka afin de remplacer dans son commandement Saïd Hussein en qui on ne pouvait avoir entièrement confiance. Dès que Moustapha Bey fut arrivé à Shakka, Saïd Hussein fut envoyé sous escorte à Khartoum, tandis que les anciens chefs de Zobeïr, Ottoman woled Tai Allah, Mousa woled el Hag, etc., qui se trouvaient à Shakka et à Kallaka, se joignaient à Soliman Zobeïr. Depuis longtemps déjà, Soliman avait réuni ses forces auxquelles vinrent s’ajouter encore quelques milliers d’hommes provenant de petites bandes d’esclaves, surtout des Arabes Risegat et Habania qui, à vrai dire, ne lui furent pas d’une grande utilité, habitués qu’ils étaient à prendre parti pour le plus fort et à ne chercher en tout que leur propre intérêt.

Arrivé à Ganda, Gessi établit une zeriba (un camp) qu’il fortifia et entoura de fossés. D’abord Youssouf el Shellali et les autres se moquèrent de ses précautions, mais bientôt ils eurent l’occasion de se convaincre de l’utilité d’un pareil système de défense.

Le 25 décembre 1878, Soliman dirigea sa première attaque sur Ganda. Malgré leur nombre et leur bravoure les assaillants furent repoussés par Gessi et ses compagnons grâce aux précautions prises. Des deux côtés les pertes furent considérables, mais celles de Soliman Zobeïr furent de beaucoup supérieures à celles de Gessi. Dans l’espace de trois mois, Soliman tenta par quatre fois de s’emparer de Ganda, mais il fut chaque fois repoussé avec de grosses pertes. En mars 1879 Gessi, ayant reçu de Khartoum des renforts et des munitions, put à son tour prendre l’offensive contre Soliman qui dans ses inutiles assauts avait perdu un grand nombre de ses hommes et avait eu à déplorer la mort de ses meilleurs chefs et dont les troupes étaient déjà découragées.

Gessi se porta en avant et fut victorieux dans le combat du 1er mai 1879; les pertes, en comparaison de celles éprouvées précédemment, furent insignifiantes, mais le résultat en fut absolument décisif. Soliman prit la fuite abandonnant les richesses accumulées à Dem Zobeïr. Les Danagla se partagèrent en secret la plus grande partie du butin, sans que leur chef en fut informé et eut donné son consentement.