Ahmed, qui avait vu beaucoup de choses dans ses voyages depuis qu’il avait quitté Tunis et qui, en sa qualité d’Arabe, était plus intelligent que les indigènes, fit de nombreuses améliorations dans la direction intérieure de la maison du roi.

Toute la cour, c’était l’usage, était nourrie par le roi, chacun prenant ses repas à l’heure qui lui convenait et sans égard aucun pour les autres commensaux. Aussi arrivait-il souvent que ceux qui étaient présents au moment du service avaient des mets en abondance tandis que les retardataires mouraient de faim; de là, d’interminables querelles.

Ahmed fixa les heures des repas auxquels chacun devait assister; cette prescription ramena la paix et la concorde. Il ne tarda pas à devenir le favori du roi Kor, qui, n’ayant pas de fils, lui donna sa fille unique en mariage; et quand son beau-père mourut, Ahmed qui était très-aimé de tous fut élu roi. Il y eut bien quelques mécontents, mais Ahmed les mit promptement à la raison.

Les Tunscher établis à Wadai et dans le Bornou, apprenant qu’un des leurs était devenu roi du Darfour, arrivèrent en foule dans ce pays et refoulèrent peu à peu les Tadjo.

Ceux-ci vivent actuellement dans le voisinage de Dara et obéissent à un sheikh nommé par eux. Ils possèdent, en outre, un petit domaine indépendant dans le sud-ouest du Darfour: c’est le Dar Sula gouverné par un roi particulier. Le souverain actuel Abu Rischa el Tadjaui est surnommé le Buffle Jaune (Djamus el Asfar).

Ahmed el Ma’kur eut un règne long et heureux; après lui, ses descendants lui succédèrent sur le trône. Environ un siècle plus tard, régnait un de ses arrière-petits-fils, le roi Dali. La mère de ce prince étant de la tribu des Kera-For, le sang de la dynastie fut donc mêlé au sang nègre des For.

Ce roi Dali employa tous ses efforts à relever la culture du pays. Il s’entoura de gens éclairés et adonnés à l’étude, de voyageurs expérimentés et connaissant les mœurs et les coutumes des peuples étrangers. Il répartit le pays en provinces et en districts; il fit élaborer un code de loi qu’il mit en vigueur dans tout le royaume et qu’on appela Kitab Dali (le livre de Dali). Jusqu’au milieu de ce siècle, ses successeurs suivirent son exemple et se conformèrent à sa méthode.

Après une longue succession d’années, Soliman Solong monta sur le trône. Le mot Solong signifie, dans la langue des For, «Arabe».

Sa mère était une Arabe et lui-même prit aussi une Arabe pour femme.

La famille royale qui régna jusqu’en 1878, descendait directement de Soliman Solong. Malgré sa haine pour les Arabes nomades, cette famille est fière cependant de compter parmi ses aïeux des Arabes libres et ne consentirait jamais à admettre que du sang nègre coule dans ses veines.