D’après la loi de Dali, le fils aîné du roi était généralement reconnu comme l’héritier de la couronne; mais ce principe ne fut pas toujours observé. On choisissait, il est vrai, presque toujours un des fils du roi défunt, mais ce choix tombait invariablement sur celui que préféraient les hauts dignitaires. L’Abou Sheikh, c’est-à-dire, «l’eunuque en chef» de la maison royale avait ordinairement une influence capitale dans l’élection du nouveau roi. Tous les princes qui faisaient usage du Merisa (bière du pays) ou d’autres boissons spiritueuses étaient exclus de la succession.

Soliman Solong eût pour successeur son fils Musa. Ahmed Bakkor qui succéda à Musa était très libéral et s’entretenait volontiers avec les étrangers de passage cherchant à obtenir d’eux le plus de renseignements possibles sur l’agriculture. Après lui régna son fils Mohammed Daura. Quand il monta sur le trône, il avait, à ce que l’on raconte, 150 frères; il en fit mettre à mort plus de la moitié, et tua de sa propre main son fils aîné qu’il soupçonnait de le vouloir détrôner.

Le fils de Mohammed Daura, Omer Lele (appelé Lele du nom de sa mère) régna après son père et se montra aussi barbare que lui; il fut du reste aussi populaire. Il mourut au cours d’une expédition qu’il avait entreprise contre le Wadai, et son oncle Abou-el-Kasim lui succéda. Abou et ses frères Mohammed Terab et Abd er Rahman étaient du petit nombre de ceux qui avaient échappé à la mort, lors de l’avènement de Mohammed Daura. Comme il accordait toute sa confiance aux esclaves, ses parents en furent blessés et l’abandonnèrent pendant une expédition contre le Wadai, en sorte qu’il resta seul avec ses esclaves en plein pays ennemi.

D’après les uns, il mourut en combattant, d’après d’autres, revenu au Darfour après de longues années d’absence, il aurait été exécuté par son frère Mohammed Terab qui s’était emparé du pouvoir.

Mohammad Terab fut un roi énergique et ambitieux; vers la fin de son règne, voulant reculer les frontières de son empire et rétablir l’état glorieux des For qui s’était jadis étendu jusqu’à l’Atbara, comme nous l’avons déjà dit, il appela aux armes les tribus qui lui étaient soumises pour attaquer les Fung qui régnaient sur la rive orientale du Nil; lui-même, accompagné de son frère Abd er Rahman, d’une armée de cavaliers et de lanciers, se dirigea vers l’est. Arrivé à Omm Derman, capitale actuelle des Mahdistes, il se trouva, à sa grande surprise, arrêté par le Nil; les habitants ayant eu la précaution de cacher toutes les barques, Terab essaya, mais en vain, de construire un pont.

Il ne réussit pas davantage dans la tentative qu’il fit de franchir le cours impétueux, large en cet endroit de 600 mètres, dans des troncs d’arbre creusés. Le sultan Terab ne pouvant atteindre le but qu’il s’était proposé, les chefs lui conseillèrent de retourner au Kordofan et au Darfour; l’important était de sauver l’armée, mais Terab était trop fier pour accepter de pareils conseils; il considérait comme une honte d’abandonner ses projets, et menaça de mort quiconque parlerait de retourner en arrière.

Ses chefs ne se tinrent pas pour battus et cherchèrent à faire prévaloir leur avis par un autre moyen. Ils arrivèrent à convaincre Chadiga, son épouse favorite, qu’en tuant Terab, elle sacrifiait noblement son amour au bien public. Terab mourut après un repas que lui avait préparé Chadiga. Son frère, le pacifique Abd er Rahman fut proclamé roi par l’armée. De nos jours on voit encore à l’extrémité sud d’Omm Derman les soubassements en pierre d’un bâtiment que le Sultan Mohammed Terab fit construire pendant son séjour. Son corps embaumé fut transporté à Bara et plus tard à Turra, nécropole des rois du Darfour, à une journée et demie (de marche) à l’ouest de Fascher.

Abd er Rahman retourna avec son armée au Darfour, où Terab avait laissé son fils Ishaak pour administrer le royaume. Celui-ci ne voulant pas reconnaître son oncle comme roi, un combat fut décidé dans lequel Ishaak succomba.

La favorite d’Abd er Rahman, Ombussa, était de la tribu des Begus. Elle eut une influence d’autant plus grande dans les affaires du gouvernement, que son mari était disposé à satisfaire à tous ses désirs.

Les Begus occupaient primitivement le district septentrional du Bahr el Ghazal d’où ils avaient émigré autrefois au Darfour où le roi leur avait accordé des terres à la condition que, chaque année, ils fourniraient au harem du Sultan une belle fille de leur tribu.