Les Begus, race africaine très pure, descendent de la famille de Mudke.
Ombussa doit avoir été une femme non seulement très belle, mais aussi très intelligente; d’esclave qu’elle était, elle devint la femme légitime d’Abd er Rahman. Il avait soixante ans quand Ombussa lui donna un fils. Il l’appella Mohammed el Fadhl et le confia à l’ancien gouverneur du Kordofan, Abou Sheikh Kurra. Ce dernier avait été emmené captif au Darfour et obligé de s’humilier devant Abd er Rahman, dont il avait su conquérir la faveur.
C’est pendant le règne d’Abd er Rahman que le voyageur Browne arriva au Darfour. C’est également ce Sultan qui envoya, en 1797, une lettre de félicitation et 2000 esclaves nègres à Bonaparte, alors dans la Basse-Égypte avec son armée. Sous son règne, la résidence royale fut transférée de Kobbe à Fascher.
A la mort d’Abd er Rahman, son fils Mohammed el Fadhl, âgé de 13 ans, fut proclamé roi par son gouverneur Abou Sheikh Kurra. Son grand-père maternel Omer, habitait Dar Begu, pays situé au sud-ouest du Darfour, à deux journées environ de Dara. Là le vieillard menait ses troupeaux à l’abreuvoir lorsqu’un cavalier monté sur un cheval couvert d’écume s’approcha: «Je t’apporte un heureux message, seigneur, lui dit-il en sautant à bas de son cheval; le fils de la noble fille Ombussa est seigneur et roi du Darfour, depuis cinq jours».
Omer ne répondit pas, mais creva d’un coup la paroi du Dabarek[3] et laissa couler l’eau dans le sable.
«Plus jamais, dit-il enfin, ni moi, ni ma famille n’abreuverons le bétail à la fontaine. Dieu, miséricordieux et juste, a choisi mon petit-fils pour être roi du Darfour.» Et partageant ses troupeaux entre ses compatriotes, il se rendit sur le champ à Fascher chez son petit-fils.
Mohammed el Fadhl déclara libre la tribu de sa mère: ce fut son premier acte. Il abolit ensuite le tribut qui consistait à livrer annuellement une belle fille à son harem. Il défendit, sous peine de mort, d’acheter ou de vendre un membre de la tribu des Begus. Bien que pendant près de quatre années, Abou Sheikh Kurra remplit auprès du jeune roi son emploi de tuteur et de régent avec justice et énergie, certaines intrigues cependant amenèrent la défiance entre le tuteur et son pupille. Au roi on donnait à entendre que Kurra aspirait à une autorité plus grande que celle qu’il possédait; à Kurra on laissait croire que le roi cherchait à lui enlever son pouvoir.
De la méfiance réciproque, on passa aux hostilités ouvertes. Un combat eut lieu au Rahat Tendelti (étang de pluie) près d’El Fascher. Kurra fut vaincu et aussitôt exécuté.
Mohammed el Fadhl songea ensuite à châtier les orgueilleuses tribus arabes qui, bien loin de consentir à se soumettre cherchaient à secouer le joug du Darfour. D’abord les fonctionnaires furent chargés de mettre à la raison les Arabes «Beni Halba» qui se refusaient à payer le tribut et dont tous les biens furent confisqués. Ensuite il fit exterminer presque en entier la tribu des «Eregat» (Arabes possesseurs de chameaux), une des plus puissantes du Darfour. L’assujettissement des Risegat fut plus difficile; c’était certainement la tribu la plus puissante et la plus belliqueuse de la contrée.