Afin d’équilibrer autant que possible les revenus et les dépenses, il réduisit considérablement la garnison du Darfour, renvoyant à El Obeïd et à Khartoum un grand nombre de fantassins et de cavaliers qui avaient été expédiés pour réprimer la dernière révolte. Ces mesures d’économie, prises évidemment dans l’intérêt de la province nouvellement conquise, eurent par la suite un effet des plus désastreux. Gordon, il est vrai, ne pouvait pas prévoir les événements.
Ses obligations officielles rappelant Gordon à Khartoum, il laissa Hasan Pacha Hilmi comme gouverneur du Darfour. Celui-ci, quatre mois avant mon arrivée, avait été remplacé par Messedaglia bey, primitivement gouverneur de Dara pendant quelques mois.
Durant cet intervalle, le sultan Haroun s’était pour ainsi dire «remonté» et avait établi une sorte de gouvernement indépendant à Niurnja, ancienne capitale des princes de Tadjo. Il descendait parfois dans la plaine, attaquait les villages qui s’étaient soumis, bien malgré eux pourtant, au Gouvernement et regagnait ses montagnes, chargé de butin.
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Tel était, brièvement exposé, l’état de la province du Darfour quand, en août 1879, me rendant à Dara, j’arrivai en qualité de moudir à Fascher.
La garnison du pays comprenait:
A Fascher: deux bataillons d’infanterie régulière, deux batteries d’artillerie de campagne et 250 hommes de cavalerie irrégulière (de la tribu des Sheikieh), sous les ordres de Omer woled Dorho.
A Dara: un bataillon d’infanterie régulière, 200 Basingers (irréguliers), une batterie de vieille artillerie de campagne et 50 hommes de cavalerie irrégulière, de différentes tribus.
A Kabkabia et à Kolkol: 6 compagnies d’infanterie régulière, 400 Basingers et 25 cavaliers irréguliers.
Après quelques jours de repos à Fascher, repos dont nous avions grand besoin, le Dr. Zurbuchen et moi, nous continuâmes notre voyage vers Dara. Messedaglia bey nous accompagna pendant quelques heures, nous apprit, tout joyeux, que sa femme était sur le point d’arriver à Khartoum et demanda un congé pour aller à sa rencontre et la ramener à Fascher. Je lui fis observer qu’il ferait peut-être mieux d’attendre que le sultan Haroun fut soumis. Mais Messedaglia répliqua qu’il n’y avait absolument rien à craindre, les troupes en garnison dans la contrée suffisant amplement à apaiser toutes les petites difficultés locales. Nouveau dans le pays et ne le connaissant encore que fort peu, je ne pouvais que difficilement me rendre un compte exact de la situation et je me ralliai à l’avis de Messedaglia. Nous primes congé de lui et de Saïd bey Djuma, le commandant de Fascher, qui nous accompagnait également et nous dirigeâmes à marche forcée vers Dara, en suivant la route de Kerriut, Gedid Ras-el-Fil et Sheria.