J’acceptai son offre. Chad vin me présenta l’homme. Il était grand, brun; sa barbe était toute blanche; il paraissait appartenir à la tribu des Bornou. Il posa sa main sur ma tête, le pouce sur une tempe, l’index sur l’autre, murmura de longues phrases incompréhensibles et..... pour finir me cracha légèrement à la figure. Brusquement je me levai et lui portai un coup qui le fit tomber à la renverse. Ahmed qui était là, appuyé sur ses béquilles, essaya de me calmer; il m’assura que ce traitement, souvent éprouvé, était efficace.
Ce fameux docteur se mit à distance respectueuse et me dit: «Les maux de tête sont un des jeux du diable; je le chasse en prononçant des versets du Saint Coran et des sentences des Saints; en crachant sur lui je l’expulse lui et sa diablerie.»
Je me mis à rire de bon cœur à l’idée que cet homme me croyait possédé du démon—un très petit diable sans doute—et qu’il voulait m’exorciser!
Je trouvai une seconde expérience inutile; je dispensai le docteur de toute consultation ultérieure et lui remis, à titre de dédommagement pour le coup qu’il avait reçu, un écu. Il partit non sans avoir appelé sur moi la bénédiction du ciel.
Nous attendîmes, mais en vain, pendant toute la journée, des renseignements sur les opérations de Haroun. Ne sachant à quoi nous en tenir, je consignai mes hommes à la zeriba et les engageai à se coucher de bonne heure.
A peine étais-je endormi, que mon domestique m’éveilla, m’annonçant qu’Ahmed et Gebr Allah désiraient me parler. Je les fis entrer aussitôt pensant qu’ils m’apportaient des nouvelles de Haroun. Mais non; ils venaient simplement pour me dire que, selon la coutume du pays, chacun d’eux me faisait présent d’un excellent cheval de race indigène, présent d’autant plus de circonstance que je n’en possédais qu’un seul. Je leur fis la même réponse qu’à Zogal bey: «J’étais persuadé, ajoutai-je, que nous resterions toujours amis, même sans échanger de cadeaux, pourvu qu’ils remplissent fidèlement leurs devoirs.» Quoiqu’ils parussent affligés de ce refus, je suis convaincu qu’ils en étaient au fond tout à fait enchantés.
Gebr Allah revint toutefois quelques minutes après me demander une seconde audience. Il me réitéra ses regrets de ce que je n’avais point accepté son cheval, puis m’offrit une de ses esclaves. Il se permettait cette offre puisqu’il me savait indisposé et voyageant seul! Il ajouta même qu’elle préparait à souhait les mets du pays, savait tenir une maison et avait quelque connaissance de la médecine.
Gebr Allah dut se retirer après avoir essuyé un second refus.
Je ne pus m’empêcher d’établir une certaine comparaison entre l’habileté de cette esclave en matière médicale et mon docteur de la matinée. Leur science devait nécessairement procéder du même principe.