Le lendemain matin, je me sentais mieux et quand je parlai de cette amélioration à Ahmed, il me répondit aussitôt: «Eh, naturellement! je le savais bien que tu te porterais à merveille; Isa (c’était le nom de mon docteur) n’a jamais touché quelqu’un sans lui venir en aide.»
Un jour se passa encore sans nouvelles d’Haroun. J’allai avec Ahmed Chadvin et Gebr Allah au marché, distant de la zeriba d’environ 100 pas. Le marché est surtout utile aux habitants des villages voisins qui y trouvent tout ce dont ils ont besoin. On y rencontre aussi parfois les Arabes Beni-Halba, qui habitent cette partie du pays.
Les femmes, assises par terre, y vendent des nattes en feuilles de palmier et d’autres ouvrages de vannerie, des morceaux de viande de girafe, d’antilope et de vache séchés à l’air, du sel, du poivre rouge du Soudan et des légumes indigènes séchés qui entrent dans la préparation de différentes sauces et qu’on mange en buvant de l’asida.
Les hommes vendaient des cotonnades indigènes (Takaki), du fil, du natron, des bâtons de soufre que les Arabes mélangent avec de la graisse pour se frotter la tête. En face, d’autres femmes offrent du merisa dans de grands récipients en terre cuite, ayant la forme de coupes. Çà et là, on rencontre un mouton ou une chèvre qui attendent leur nouveau propriétaire. J’achetai quelques nattes de palmier.
Le lendemain à midi, un messager de Gebr Allah nous informa qu’Haroun continuait à rassembler des hommes, mais n’avait pas encore quitté la montagne. Le quatrième jour de notre arrivée à Bir Gaoui, un second messager vint nous raconter que le sultan Haroun avait appris des indigènes que j’avais quitté Dara avec l’intention de le combattre. Aussi avait-il donné l’ordre à ses gens de se disperser dans les montagnes de Marrah. Fort désappointé de l’échec de mes desseins, je m’en retournai découragé à Dara; auparavant toutefois je visitai la source d’eau sulfureuse, qui en est éloignée de deux heures. Cette source a donné le nom à la contrée de Bir Gaoui, qui signifie le puits brûlant ou à odeur forte. Elle jaillit dans une dépression de terrains sablonneux; les habitants, qui lui ont creusé un lit, utilisent cette eau pour les maladies du sang et des articulations.
Après une absence de neuf jours, j’arrivai de nouveau à Dara. Le Dr. Zurbuchen était parti et avait laissé pour moi une lettre dans laquelle il m’exprimait tous ses souhaits pour la réussite de mon entreprise. Mon pauvre secrétaire arabe, Abd es Sejjid effendi, qui m’avait accompagné jusque là dans mes voyages comme inspecteur des finances et que j’avais laissé malade de la fièvre, aux soins du Dr. Zurbuchen, était devenu fou. Comme je lui rendais visite, il sauta à bas de son lit et voulut m’embrasser en pleurant.
«Dieu soit loué de ce que je te revois, me cria-t-il, le sultan Haroun ne pouvait te faire aucun mal, mais Zogal bey est un traître, garde-toi de lui; j’ai donné l’ordre de chauffer la locomotive; elle t’emportera en Europe, où tu reverras tes frères et tes sœurs. Je t’accompagnerai; mais tenons-nous en garde contre Zogal bey, cet homme est un coquin!»
Je calmai le pauvre vieux et le priai d’attendre que la locomotive fût chauffée et le signal du départ donné. Je le recommandai aux soins particuliers de son gardien. Deux jours après le pauvre diable mourut d’un coup de sang.
Je m’occupai ensuite de l’administration de la province de Dara, qui, outre les districts qui en dépendent, était divisée en cinq cercles, ou gismes, savoir: