Le Dr. Felkin et Wilson nous firent part de leurs voyages personnels et nous décrivirent les mœurs et les coutumes des tribus nègres établies au bord des lacs.

Je me pris à regretter alors d’être retenu au Darfour et de ne pouvoir explorer la région des lacs.

L’escorte de mes hôtes, établie devant la maison, et gorgée de viande et de bière, était devenue d’une gaieté bruyante. Nous entendions ses cris et ses rires qui parvenaient jusqu’à nous. Poussé par la curiosité, je sortis. Je trouvai alors ces gens dans une gaîté complète. Ils riaient, criaient et dansaient, ou plutôt sautaient autour du feu sur lequel rôtissaient encore des quartiers de viande. Tout auprès se trouvaient les tonneaux de bière, à moitié vides. Les soldats se tenaient tout autour, en cercle, avec leurs femmes, mélangés avec quelques habitants de Dara qui regardaient, étonnés, ces étranges démonstrations d’allégresse.

Je retournai auprès de mes amis et leur fis part de la joyeuse disposition d’esprit de leur escorte.

Le Révérend Wilson me pria cependant de ne pas laisser trop de liberté à ces gens, mais de donner l’ordre d’observer une juste mesure dans la distribution des spiritueux; car ils en viendraient facilement à commettre des excès.

Nous restâmes ensemble jusqu’à une heure fort avancée de la nuit. Ils me racontèrent les derniers événements survenus dans l’Afrique Centrale et je leur rapportai ceux d’Europe.

Nos récits nous amenèrent à la même conclusion: c’est que (dans le monde entier) au nord comme au midi, la jalousie, les querelles régnaient parmi les hommes. Nous ne nous séparâmes qu’après minuit.

Le matin suivant, nous fîmes, après déjeuner, une petite promenade à cheval aux environs de Dara. De retour à la maison, un des domestiques me raconta en riant qu’un chameau avait mis en fuite toute la mission du roi Mtésa.

Le Dr. Felkin que j’interrogeai à ce sujet me répondit que la chose était fort possible, attendu qu’il n’y avait pas de chameaux dans le pays de Mtésa et que ses envoyés n’en avaient rencontré aucun pendant le trajet de Kallaka au Bahr el Ghazal. Ils devaient sans doute avoir pris l’animal pour un être extraordinaire; rien de plus naturel alors qu’ils se fussent enfuis.