Je fis remarquer au Dr. Felkin qu’il serait bon d’habituer ses gens à la vue de ces animaux, puisqu’ils devaient continuer leur voyage à dos de chameau. Je le priai en outre de rassembler ses gens au complet. Le Dr. Felkin approuva mon projet. J’envoyai immédiatement chercher par l’un de mes domestiques un grand et gros chameau qui se trouvait chez un marchand de ma connaissance.
Comme l’animal, mené à un licou, faisait son apparition inattendue, toute la bande, de nouveau épouvantée, voulut prendre la fuite. Seule, notre présence put les déterminer à tenir bon en face du monstre.
Le Dr. Felkin leur expliqua alors que le chameau était un animal domestique des plus doux, des plus patients et qu’ils se serviraient de ce quadrupède à deux bosses pour continuer leur voyage.
Non sans hésiter, nos gens s’approchèrent un peu. Je donnai l’ordre à un kawas, de monter «à cru» l’animal, de le faire agenouiller, puis se relever, leur montrant ainsi que ce «monstre» n’était pas redoutable. Enfin, l’un des plus déterminés de la troupe, sur mon invitation, se déclara prêt à monter sur le chameau. Je le fis placer sur le dos de l’animal agenouillé. Mais lorsque celui ci se leva, l’homme, ainsi enlevé à une hauteur insolite, se cramponna des pieds et des mains à l’animal, en poussant des cris d’angoisse. Au bout de quelques minutes, il se remit de sa frayeur, s’assit convenablement, et nous sourit bientôt du haut de son siège.
Il se mit à parler avec ses compagnons qui, enhardis, s’approchèrent peu à peu de l’animal. Tout à coup, sans doute sur l’invitation du cavalier, tous s’élancèrent sur le chameau et voulurent grimper aux jambes et au cou de l’animal. L’un d’entre eux lui avait même empoigné la queue afin d’arriver à son compagnon par cette voie peu ordinaire.
Le chameau certes est patient; mais c’était trop abuser de sa patience et de sa mansuétude! Epouvanté d’une attaque aussi intempestive, il cambra ses reins et se mit à ruer, de telle sorte que les assaillants eurent bien vite abandonné leur projet d’escalade. Le cavalier fut projeté sur le sol par les secousses; celui qui s’était suspendu à la queue de la bête se frottait les genoux que le sabot de l’animal avait caressé suffisamment pour lui causer quelque douleur.
Nous rîmes beaucoup de toute cette comédie. Ces gens cependant prirent leur temps et l’un après l’autre, à demi-rassurés, à demi-contents, firent tranquillement leur premier «exercice d’équitation».
J’avais à la maison plusieurs petits nègres, achetés à des marchands d’esclaves. Voyant que le Dr. Felkin n’en avait point, je le priai d’en accepter un capable de lui rendre quelque service, et lui remis un petit Fertit, du nom de Kapsoun. Il accepta avec plaisir ce bambin, à la mine éveillée, et promit de faire son éducation en Europe.