Quelle fut ma surprise, quand, deux ans et demi plus tard, je reçus à Fascher une lettre écrite en anglais par le petit Kapsoun. Comme il me remerciait de l’avoir fait conduire, par le Dr. Felkin, dans un pays où les hommes étaient si bons et si aimables! Il ajoutait qu’on pouvait le compter maintenant au nombre des membres heureux appartenant au christianisme. Il avait joint à sa lettre une photographie qui le représentait en un élégant costume.

Les quelques jours qui suivirent passèrent trop rapidement en la compagnie de mes hôtes. Le Révérend Wilson et le Dr. Felkin me quittèrent suivis de leur escorte. Tous les membres de celle-ci s’étaient déjà passablement habitués à monter à chameau. C’est ainsi qu’ils se rendirent à Khartoum par Taouescha.

Quelques jours après leur départ, je reçus de Messedaglia bey, le Gouverneur du Darfour, une communication confidentielle; il était, disait-il, résolu à en finir avec Haroun dont les attaques devenaient de plus en plus nombreuses.

Dans ce but, il me prescrivait de me préparer en secret à marcher, au jour fixé, par Manoashi et Koubba sur Niurnja, (ancienne résidence des sultans du Gebel Marrah); et d’attaquer la ville avec une division d’infanterie régulière.

En même temps, des troupes devaient s’avancer de Fascher, par Turra, et de Kolkol, par Abou, pour se réunir au jour fixé, à Niurnja.

Conformément à ces instructions, je quittai Dara avec 220 hommes d’infanterie régulière et 60 Basingers.

Je ne pris que six chevaux; de la cavalerie nous eût couté, en effet, trop de difficultés dans les montagnes, les chevaux qui n’étaient pas ferrés ne pouvant opérer qu’en plaine.

C’était en février; il faisait un froid assez sensible. A Manoaschi, je visitai le monument d’une extrême simplicité du dernier roi de la dynastie des For, enterré dans la Djami. Le jour suivant, nous campâmes devant Koubba, à l’entrée du défilé conduisant au Gebel Marrah.

Nous étions dans le voisinage de l’ennemi; je renforçai les postes, mais la nuit se passa sans incident. De bonne heure, le lendemain, nous dépassâmes lentement le défilé; un détachement marchait sur le versant de la montagne pour protéger les flancs de la colonne.