La traversée du défilé dura une heure et demie; enfin nous atteignîmes Hella Abd el Gelil, village où résidait l’un des chefs du Sultan Haroun; depuis la veille, il avait quitté le village.
Le froment que nous trouvâmes en arrivant fut distribué à mes hommes, et nous nous remîmes en marche. Le sentier pierreux, parfois très raide, fatiguait extrêmement mes soldats peu habitués aux ascensions.
Le pays était totalement abandonné; nulle part on ne voyait trace d’un être vivant. Aux abords du chemin, çà et là, sur les pentes ou sur les petits plateaux, des huttes en paille, à soubassements de moellons. Dans quelques-unes de ces huttes nous trouvâmes des provisions de blé et des fruits de figuier sauvage (Djimesa, Ficus Sycomorus).
Après une courte marche, nous fîmes halte sur un petit plateau élevé et nous préparâmes à y passer la nuit. Pour ne pas trahir notre présence, nous nous abstînmes de faire du feu; nous eussions pu pourtant facilement nous procurer du bois en détruisant les huttes qui se trouvaient à notre portée. Il est vrai que, quoique chaudement vêtus, chacun se ressentit vivement du froid. Mais cet acte de prudence nous était commandé, car nous devions toujours nous attendre à une attaque nocturne.
Toute la journée suivante fut consacrée à la marche. Nous établîmes nos quartiers de nuit sur une plaine pierreuse.
Un de mes officiers me fit remarquer qu’on nommait cette place «Dem-el-Fakd», le camp de la perte parce que Zobeïr Pacha, alors qu’il poursuivait le sultan Hassab Allah, y perdit nombre de ses hommes par suite du froid extraordinaire qui régnait à cette époque.
Le lendemain matin, quelques hommes se déclarèrent malades, bien que j’eusse permis de faire un peu de feu. Je les fis transporter sur des ânes et sur des mulets qui accompagnaient l’expédition.
Vers midi, arrivés sur l’un des plus hauts points de la chaîne des montagnes de Marrah, nous aperçûmes, au loin, notre but: Niurnja.
Du pied de la montagne, un vallon aux sinueux replis se déroule dans la direction de la ville; plus loin, il forme une sorte d’entonnoir à fond plat, couvert de figuiers sauvages, dans lequel est située la vieille résidence des anciens maîtres du pays.
J’aperçus avec ma lunette d’approche des gens qui sortaient des maisons tenant leurs chevaux par la bride.